Documentariste d’exception, Raymond Depardon s’est imposé dans les années 1980 comme un photographe majeur de la route, du voyage et de l’errance. Il fait l’objet cet automne d’une exposition monographique à l’espace culturel Le Parvis à Pau, présentant une belle sélection d’images de ses pérégrinations autour du monde.
Il faut dire que depuis ses débuts dans le photojournalisme, à la fin des années 1960, Raymond Depardon a fait bien du chemin. Cofondateur de l’agence Gamma en 1966 et membre de Magnum Photos à partir de 1978, il a multiplié les photoreportages en France et aux quatre coins de la planète.
Pourtant très tôt, le jeune photographe se sent à l’étroit dans les contraintes de la presse. Celui qui ne se reconnaît pas dans la photographie humaniste à la française ni dans le concept d’« instant décisif » de Cartier-Bresson s’affirme alors dans une esthétique de la subjectivité, s’intéresse aux temps morts, aux hors-champ. Il apprend à regarder sans courir après des histoires. Ainsi dans l’exposition au Parvis, découvre-t-on des photographies en noir et blanc de paysages urbains géométrisés, de grandes étendues, des routes, des perspectives, de lignes de fuite prises au Japon, en Californie, à Mexico, à Addis-Abeba, en Allemagne, en Italie ou à New York.
Contrevenant à toutes les règles de la photographie de paysage, il choisit un format vertical et une focale fixe pour livrer, dans une très grande beauté formelle, un regard à la fois distancié et profond sur des lieux souvent sans qualité. Dans le livre Errance, dont sont issues les photographies de l’exposition, Raymond Depardon associe à ses images des textes introspectifs, poétiques, intimes et inattendus. Il y évoque la solitude, la quête de soi et l’errance comme un état, un processus existentiel faisant de ces photographies les traces d’une aventure intérieure.

« Errance », Raymond Depardon,
jusqu’au mercredi 15 janvier 2020,
Le Parvis espace culturel E. Leclerc, Pau (64).
www.parvisespaceculturel.com