Par Didier Arnaudet & Anna Maisonneuve

Corinne Szabo, d’après La Coquille d’Odilon Redon, tirage phtographique, 2021

Corinne Szabo procède par appropriation, association et interaction. Sa démarche artistique repose sur une coexistence de plusieurs couches de sens et de formes qui se rencontrent et résonnent ensemble sans que l’une s’impose à l’autre. Elle privilégie avant tout un dialogue et donc un espace nécessaire à ce dialogue et aux transformations qu’il entraîne. Ainsi applique-t-elle le principe de la lisière. Emmanuel Hocquard pointe la lisière comme une marge « entre deux milieux de nature différente, qui participe des deux sans se confondre pour autant avec eux ». À la différence de la frontière et de la limite qui se définissent comme des « clôtures », la lisière « sépare et réunit en même temps ».

L’exposition intitulée « Histoires naturelles » apporte une ampleur supplémentaire à cette articulation entre écart et échange, territoire et passage, voisinage et différence. Par un rapprochement d’images et d’objets, les sciences de la nature et la sexualité féminine entrent en conversation et produisent un contact intime avec la qualité brute et métaphorique des choses. Fleurs, fruits, coquillages, papillons, graines et liquides deviennent les composants actifs d’une porosité qui frappe par l’acuité de ses capacités d’éveil et de miroitement.

Corinne Szabo sait trouver cette agilité combinatoire qui, tout en posant nettement la spécificité de chacun des éléments utilisés, les engage aussi de manière évidente, et pourtant infiniment diverse, à se servir de l’éventail
de leurs connotations comme d’un ressort d’initiative, de surprise et de réflexion.

« Corinne Szabo – Histoires naturelles », jusqu’au samedi 30 octobre, Métavilla, Bordeaux (33). www.metavilla.org