YAN DUYVENDAK

Extralucide ? Prémonitoire ? Le Néerlandais, passé maître dans l’art de nous faire agir autant que penser, crée une nouvelle forme ludique et participative, où chacun de nous endosse un rôle décisif dans la gestion d’une pandémie qui approche. Écriture et répétitions ont démarré en 2018, bien avant la crise sanitaire actuelle. Ce qui était alors une pure dystopie est, depuis, devenu réalité. Une nouvelle occasion de donner raison à l’artiste et poète Robert Filliou : « L’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. »

Propos recueillis par Henriette Peplez

Qu’est-ce qui, en 2018, vous donne l’idée de créer un spectacle-jeu sur la gestion de crise sanitaire ?
Tout vient des discussions passionnantes avec mon ami Philippe Cano. Médecin, il était à l’époque missionné par l’Union européenne pour élaborer des stratégies de gestion de pandémie avec des chefs de gouvernement d’Afrique occidentale. En ressortait que la pandémie peut être endiguée uniquement si les ministres collaborent et abdiquent de leurs propres intérêts, ce qui impliquait deux concepts hyper-excitants : la collaboration et la désobéissance.

Quelles collaborations avez-vous sollicitées pour ce projet ?
Outre le conseil scientifique, nous avons travaillé avec le collectif français Kaedama, spécialisé dans les jeux de société, escape room et jeux vidéo. Eux aussi étaient très enthousiastes.

L’interactivité reste-t-elle centrale dans vos projets ?
Ce qui m’intéresse, depuis Made in Paradise, c’est d’impliquer différemment les spectateurs. Je leur permets de jouer et de tester la vraie vie. Ce qui me passionne, c’est de réfléchir ensemble, et aller au-delà des questions que le spectacle pose, pour se demander : « Qu’est-ce que ça me fait faire ? »

Comment s’est déroulée la création ?
Après l’écriture, on a réalisé en 2019 des crash-tests en Suisse, en Allemagne, en France. Les participants étaient très contents, mais disaient manquer de connaissances scientifiques et, généralement, trouvaient que tout ça n’était pas très… réel.

Et puis à la fin des répétitions, la réalité a rattrapé la fiction ?
Au dernier crash-test de 2019, on a commencé à entendre parler de la Chine, et nous avons vite compris qu’avec les décisions prises à Wuhan, ça partait mal. Pour le spectacle aussi. Premier vertige. On s’est dit qu’on allait jeter le projet. Puis, pendant le lockdown, on a relu toutes les notes prises en répétitions et là, deuxième vertige : tout ce que l’on était en train de vivre était déjà là, écrit !

Avez-vous décidé de maintenir le projet tel qu’il était ?
Parce qu’on s’est dit que l’effet cathartique pouvait fonctionner à plein. Tous, nous avons été impliqués, avons critiqué les décisions prises, les avons comparées d’un pays à l’autre. « Qu’est ce qui se passerait si on le faisait nous-mêmes ? », c’est ce que propose le jeu, qui est devenu comme meilleur, plus utile, plus approprié. On a juste supprimé la musique angoissante ! Et aussi renforcé le groupe « population civile ».

C’est-à-dire ?
Les spectateurs se répartissent en plusieurs groupes : les chargés de la communication gouvernementale, de la santé, de la recherche, de la sûreté́, et désormais la société civile qui est un véritable acteur car elle pense « le monde d’après ».

Ce monde d’après fait-il rêver ?
En quantifiant les effets des choix politiques de la gestion de crise, notamment en fonction du nombre de morts, on aboutit à quatre hypothèses très différentes pour le monde d’après. Vous verrez bien !

Votre compagnie s’appelle pourtant Dreams Come True. Êtes-vous optimistes ?
On a pensé un plan B au cas où les contraintes sanitaires ne nous permettent pas de jouer. Nous développons une forme digitale plus courte, disponible en ligne : #virus. J’espère grandement dans l’après, des choses très positives existent, cette période stimulante incite à la créativité.

VIRUS, Yan Duyvendak, Kaedama,
Dr Philippe Cano,

du jeudi 15 au samedi 17 octobre, 19h.
Lieu modifié : consulter le site web
https://fab.festivalbordeaux.com

#VIRUS, extension en ligne du projet Virus, du vendredi 2 au dimanche 4 octobre en ligne.
Lien de téléchargement indiqué lors de la réservation.
fab.festivalbordeaux.com