CHILLY GONZALES – Hiver 2020, le showman canadien publie un album de Noël ! S’il renoue avec une certaine tradition anglo-saxonne, passer après Nat King Cole ou Bing Crosby n’était pas une mince affaire. Avec grâce et sobriété, A very chilly Christmas revisite chants connus et moins connus. Après un report, le musicien se produit enfin sur la scène du théâtre Femina, à Bordeaux, les 7 et 8 décembre. Il revient sur cet opus étrangement mélancolique, sa genèse, le mode mineur et les sapins morts de Noël.
Propos recueillis par Henry Clemens

A very chilly Xmas

Concernant les albums de reprises de chant de Noël, êtes-vous plutôt Nat King Cole ou Dean Martin ?
Justement j’ai fait l’album que je rêverais d’écouter. Pour moi, il y a deux choix pour écouter la musique de Noël : soit un chœur d’enfants, soit les réinterprétations des crooners jazzy… Entre Dean Martin et Nat King Cole, je ne sais pas si j’ai une préférence, peut-être Nat King Cole tout de même parce que c’est un pianiste et un chanteur. Même si je ne me considère pas comme un chanteur, je revendique le titre d’entertainer. J’avais envie de faire un album à la fois ludique mais également intime et mélancolique, et lui donner la marque de fabrique de mon jeu de piano. Je voulais faire cet album en étant certain que ce matériau qui existe dans l’inconscient collectif depuis des centaines d’années allait se prêter à une réinterprétation. J’ai changé certains morceaux en mode mineur ce qui donne à l’album un côté mélancolique. A very chilly Christmas colle particulièrement bien à cette période bizarre que nous traversons. Le moment était parfait !

Avez-vous puisé dans votre bréviaire personnel pour la sélection des chants ?
J’ai un public de provenance très diverses dont les références ne sont pas les mêmes. In the Bleak Midwinter est un vrai standard anglais, joué à tout bout de champ, qui est peu connu hors du pays, il en va de même pour Maria durch ein Dornwald Ging, un morceau très sombre, très moyenâgeux. Je me suis dit que l’album me donnait aussi l’occasion de présenter des choses peu ou pas connues du grand public, mais, à vrai dire, le choix a été déterminé par ma capacité à renouveler le morceau au piano. Il y avait des titres que j’aimais bien comme Little Drummer Boy, génialement interprété par Bing Crosby, mais dont je n’ai jamais réussi à percer le mystère. J’ai bien essayé une vingtaine de fois sans jamais y parvenir. Je me suis également attaqué à des morceaux plus récents comme le Last Christmas de Wham ! ou encore le Snow Is Falling In Manhattan de David Berman, qui a la particularité de ne pas contenir le mot Noël dans sa chanson mais avec Jarvis Cocker on a tellement aimé ce morceau qui parle de neige à Manhattan qu’on a eu aucun scrupule à l’intégrer dans A very chilly Christmas

« Le piano est très utile pour soustraire le côté superficiel et réduire la musique à l’essentiel. »

Pouvez-vous m’en dire plus sur The Banister Bough ?
C’est le seul morceau original de l’album, il est basé sur une pratique de Noël inventée par Feist. En lieu et place du sapin de Noël, elle pose des branches de bois morts sur une rampe d’escalier, ce qui a pour but d’éviter l’abattage d’un sapin pour la seule occasion de Noël. Une chanson écolo qui vient questionner cette fête, dans laquelle Feist raconte également avec franchise ce que ce moment lui évoque. Pour l’anecdote, J’ai essayé d’écrire un morceau de Noël seul ou avec Jarvis, en vain. Je dois dire que The Banister Bough colle parfaitement à l’esprit des chants de Noël ! 

Last Christmas fait-il partie de ces morceaux douteux dont vous révélez les mystères en les épurant ?
C’est quelque chose que j’aime faire en général. Ce qui me fascine, c’est de voir ce qui reste quand on ôte les arrangements et les fioritures ; ici, le morceau de Wham! est très marqué années 1980 et un peu cheesy comme disent les québécois. Si on peut enlever toutes ces références cheesy, on finit par une mélodie et des accords. Le piano est très utile pour soustraire le côté superficiel et réduire la musique à l’essentiel. On peut ramener un morceau à sa forme minimale et voir si la structure du morceau tient debout, c’est un test. J’ai l’impression d’avoir réalisé une version du morceau qui permet de l’écouter autrement. 

« La musique reste de la science dans sa fabrication. »

Chilly Gonzales-1©2020 ANKA

Parlez-moi du mode mineur auquel vous tenez beaucoup ?
C’est comme un tour de magie musical lorsqu’on change un morceau de majeur en mineur. On change la pièce musicale qui reste reconnaissable tout en modifiant sa réception émotionnelle. L’idée qu’un petit changement de fréquences musicales crée autant de réactions émotionnelles me fascinent en tant que pédagogue amateur avec mon Gonzervatory. Quelque part la musique reste de la science dans sa fabrication et peut se résumer à des fréquences qui créent des émotions. C’est l’art le plus consommé dans le monde, activement ou passivement, qui commence comme une science et finit par des émotions !

Sous quelle forme vous produirez-vous au Fémina les 7 et 8 décembre ? 
Bordeaux est la ville où l’on joue le plus souvent après Paris ! On adore venir ici, à tel point que ma violoncelliste Stella Le Page a composé un morceau qui s’appelle Femina ! Je serai accompagné de Stella au violoncelle, Joe Flory mon batteur, et de Marine Goldwaser à la clarinette. Le spectacle sera très centré sur l’album A Very Chilly Christmas, en phase ainsi avec la saison. J’ajoute que dès que j’ai été en âge de jouer du piano, j’ai interprété des chants de Noël, je peux donc dire que toute ma vie j’ai préparé ce concert ! Tout ça me paraît donc finalement très familier !

Chilly Gonzales « A very chilly Christmas », mardi 7 (COMPLET !) et mercredi 8 décembre, 20h30, théâtre Fémina, Bordeaux (33). www.rockschool-barbey.com
A very chilly Christmas (Gentle Threat), www.chillygonzales.com

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