LE LABO DES CULTURES Intéresser les ados à la culture, une mission impossible ? Non répond Camille Monmège, directrice de l’association qui interroge et crée de nouveaux liens entre les arts et les personnes et accompagne – entre autres – la Ville de Floirac et Larural à Créon vers une nouvelle relation à la jeunesse.
Propos recueillis par Henriette Peplez

Le lien entre art et jeunesse est-il perdu ?

Tester de nouvelles manières de faire avec et pour les jeunes auxquels les structures culturelles s’adressent, c’est un des gros chantiers qui s’ouvrent à nous. Généralement, les théâtres essayent d’attirer les jeunes vers une programmation pensée et adaptée à cette tranche d’âge. En réalité, faciliter l’accès des jeunes au théâtre, c’est avant tout être plus à l’écoute de leurs envies et leurs aspirations.

Quels types de réponses apportent les jeunes quand on les interroge sur leurs envies ?

Nous avions récolté la parole des jeunes enfants, au Glob ou au Carré-Colonnes : un bar à bonbons (et à légumes), un potager pour nourrir les équipes, un jacuzzi pour les enfants (et aussi pour les artistes), un endroit pour les animaux… Nous allons débuter ce travail avec les ados : de quel théâtre pourrait-on rêver quand on est ado ?

Camille Monmège -Geneste

Comment faire en sorte que les lieux culturels leur
soient ouverts ?
Associer les jeunes à la vie de nos théâtres, changer nos rapports à la jeunesse, interroger nos représentations. Au labo des cultures, nous avons la volonté de questionner ça, en nous inspirant par exemple d’institutions pilotes aux États-Unis qui ont travaillé dans les musées et ont essaimé depuis.

Par exemple ?

Faire une place aux ados dans les choix de la programmation ; les associer à la gouvernance des théâtres ; réinventer les halls d’accueil pour qu’ils se sentent à l’aise de les fréquenter, etc. De nombreuses initiatives intéressantes existent.

Sont-elles « préemptées » par des « héritiers » issus de milieux favorisés ?

Ces enjeux de diversité sont fondamentaux : seuls les lieux culturels qui ont travaillé en binôme avec un centre social sont parvenus à une mixité des profils. La Ville de Floirac a réussi à fédérer un groupe très mixte grâce aux efforts conjugués des services de la Ville associés aux acteurs du champ social et aux animateurs de quartier.

Cela fonctionne-t-il ?

À Floirac, l’expérience a démarré en septembre dernier et c’est très positif. À Créon, un noyau de six jeunes demande à faire plus, à être plus intégré dans le projet de Larural. L’association démarre avec eux (et ceux qu’ils convaincront) un projet allant jusqu’aux enjeux de programmation, qui sera lancé fin septembre. Ces lieux font école : à Creil, dans l’Oise, le théâtre a dû créer trois commissions parallèles (programmation, aménagement des lieux et communication) tant il y avait de volontaires.

Comment accompagnez-vous ces théâtres qui veulent travailler différemment avec les jeunes ?

Ces projets sont des aventures humaines et artistiques intenses, qui nécessitent de modifier la posture du médiateur. Travailler les enjeux du recrutement, de la dynamique de groupe, comment faire entendre aux élus les envies de ces jeunes… C’est l’aventure qui nous attend la saison prochaine.

Le labo des cultures
www.lelabodescultures.com

Pour participer :
Larural, 50, place de la Prévôté Créon 33670
Contact : Marie Faggiani 05 56 30 65 59 / association@larural.fr / www.larural.fr

Ville de Floirac, 6, avenue Pasteur Floirac 33270
Contact : Christelle Alexandre 05 57 80 87 23 / c.alexandre@ville-floirac33.fr / floirac33.fr

Le Carré-Colonnes, Saint-Médard 33160 Blanquefort 33290
Contact : Roxane Vernhet / r.vernhet@carrecolonnes.fr / carrecolonnes.fr