ALAIN LABOILE

L’enfance buissonnière, capturée par le photographe, né 1968 à Bordeaux, est à l’affiche de deux expositions indépendantes, présentées simultanément à Pau et Mérignac. 

De son enfance, Alain Laboile ne conserve que peu d’anecdotes en mémoire. « De cette période, concède-t-il, il ne me reste qu’une photo. À vrai dire, je n’en garde que très peu de souvenirs. Au fil du temps, je me suis demandé si ce n’était pas les photos qui fabriquaient justement les souvenirs en marquant le quotidien au jour le jour. »

Restaurer cette pénurie mémorielle et prévenir celle à venir, c’est sans doute là que se niche l’un des fondements de son travail. Loin d’être conscientisée en amont, cette approche rédemptrice émerge postérieurement. Car, à ses débuts, Alain Laboile pratique l’art de la troisième dimension. « Je suis venu à la photographie par hasard. À la base, j’avais acheté un appareil pour documenter mes sculptures. Puis, j’ai commencé à photographier des insectes avec un objectif macro. » 

En définitive, cette expérience initiale aura de l’influence sur sa manière de travailler l’ensemble baptisé sobrement La Famille avec lequel le New York Times le repère en 2012. « Quand je photographiais un insecte en gros plan, je portais une attention particulière à l’arrière-plan pour que le sujet soit visible. C’est quelque chose qui m’est resté. Dans mon cadre, je jette toujours un coup d’oeil à l’arrière-plan, vient ensuite la scène principale », et la captation de l’instant décisif. 

Ce dernier se conjugue à foison dans un périmètre défini : le domaine familial, situé entre Targon et Cadillac. Pendant 10 ans, Alain Laboile va photographier avec spontanéité son épouse et ses six enfants dans leur vie quotidienne. Une vie quotidienne, où l’école se fait à la maison, où les enfants grimpent aux arbres, courent dans les bois, pataugent dans l’étang, s’agenouillent devant un faon, observent les fourmis et les oiseaux, sautent sur des meules de foin, font du patin à roulettes, jouent à la poupée, s’épanouissent et grandissent dans un cadre pédagogique influencé par Montessori, A. S. Neill et ses Libres enfants de Summerhill. 

Pourtant, là encore, rien n’était vraiment déterminé. « Quand j’étais enfant, j’ai grandi à la campagne avec la méthode Freinet. On passait du temps dans la forêt. Quand je suis entré dans un collège classique, j’ai trouvé ça étrange et désarçonnant. J’ai suivi un cursus assez court orienté vers les filières manuelles et puis j’ai rencontré ma femme. On a cheminé ensemble sans rien planifier sur ce sujet. Les choses se sont faites assez naturellement. » 

Plutôt que d’échafauder des logistiques infernales en fonction des impératifs de chacun des membres de cette tribu, Alain Laboile et son épouse optent pour un mode de vie qui les déleste du superflu. « Le fait de faire école nous-mêmes, ça a rationnalisé, simplifié la vie et décuplé nos libertés. » 

Entrés dans la collection du musée français de la Photographie, ces morceaux de vie familiale idyllique sont à l’honneur à Pau ainsi qu’à Mérignac dans un accrochage où les jeux de formats et les rythmiques chromatiques escortent à ravir ces brèches lumineuses.

Anna Maisonneuve

« In situ », jusqu’au dimanche 12 avril, Vieille Église Saint-Vincent, Mérignac (33).
www.merignac.com

« À rebours du temps,
au coeur du monde »,

jusqu’au samedi 28 mars,
Le Parvis, Pau (64).
www.parvisespaceculturel.com