Il paraît que le pays s’est subitement redécouvert le goût de la lecture à la faveur des confinements. Heureuse nouvelle. Et comme rien ne remplacera le conseil des libraires, voici un panier gourmand.

AMANDINE
BARASCUT

« Mon coup de coeur pour cette année est constitué de deux volets d’une trilogie (L’Arbre à pain, Frangipanier, Tiare, parutions respectives en juin, octobre et janvier 2021) signée Célestine Hitiura Vaite. Il s’agit en fait d’une réédition (premières parutions en 2004, de mémoire). Gros émoi pour le deuxième tome, Frangipanier. Dans ces chroniques du quotidien dans les quartiers populaires de Tahiti, on suit Materena, femme au caractère bien trempé (car, lorsqu’on est une femme, il faut être forte pour s’en sortir), pour des aventures ordinaires, comme la naissance d’un enfant, la recherche d’un travail (de femme de ménage chez une Française), les complications avec son tane (lire “son conjoint” – le récit étant émaillé de vocabulaire tahitien)… Une lecture savoureuse, tendre, drôle et dépaysante ; un réel plaisir en ces temps moroses !
Ce deuxième volet d’une trilogie, après L’Arbre à pain, peut se lire indépendamment. En plus, on donne rarement la parole aux habitant.e.s des îles du Pacifique. »
Frangipanier,
Célestine Hitiura Vaite,

Au vent des îles

Les Oiseaux Livres
3, place du marché
87500 Saint-Yrieix-La-Perche
05 55 09 52 28
www.oiseaux-livres.fr

FRANÇOIS
BOYER

« Nous avons réfléchi à votre demande et pensons en toute logique à Jean Echenoz que nous attendions à Arcachon le 26 mars dernier et dont nous avions fait un événement majeur de notre saison de rencontres. Il n’en fut évidemment rien, mais puisqu’il s’agit de “panthéoniser” un livre, alors ce sera Vie de Gérard Fulmard, paru aux éditions de Minuit le 3 janvier 2020 !!!
Les moyens d’Echenoz, loin d’être ostentatoires, sont peaufinés dans une direction d’une précision subtile voire extrême. Une phrase, parce qu’elle se doit de contenir des informations – quelle que soit l’histoire qu’elle raconte – est une quête qui va à l’encontre du bavardage. Une raison amplement suffisante pour amener un (piètre) personnage nommé Fulmard Gérard dans le monde éternellement jouissif de la politique politicienne. Nous n’irons pas plus loin pour ne pas maintenir trop longtemps l’attention de nos lecteurs et surtout, nous souhaitons les inciter au plus vite à se procurer ce livre – et bien sûr tous les autres – de cet “invité spécial”, vainqueur haut la main de son combat contre des professionnels du langage. »
Vie de Gérard Fulmard,
Jean Echenoz,

Les Éditions de Minuit

La Librairie Générale
49, cours Lamarque-de-Plaisance
33120 Arcachon
05 56 83 53 32
librairiegeneralearcachon.blogspot.com

OLIVIER
PÈNE

« Macabre, vous avez dit macabre ? Comme c’est morbide. Sous cette étrange égide, nous évoquerons le texte posthume de Gabrielle Wittkop, roman aussi bizarre que réjouissant, révélé par les éditions Bourgois, alors que Quidam réédite parallèlement le monstrueux et formidable Hemlock. Les Héritages, suite de portraits au vitriol, aussi drôles que macabres, complète le travail fascinant de l’autrice initié dès les années 1970 chez Pauvert avec le sulfureux Nécrophile, ou encore avec ses envoûtantes Litanies pour une amante funèbre (publié au Vampire actif), donne au lecteur une vision acide, absurde et jubilatoire des tous ces personnages dont la seule issue est… le suicide. Le fil rouge ici, hors un humour caustique et inattendu, est une bâtisse – Séléné – qui accueille tous ces destins voués à une fin évidemment définitive. Sujet improbable, style inimitable, écriture de haute volée et talent fou : quel livre ! »
Les Héritages,
Gabrielle Wittkop,

Christian Bourgois éditeur

La Machine à Lire
8, place du Parlement
33000 Bordeaux
05 56 48 03 87
www.lamachinealire.com

JULIEN
« Entre la Pologne, la Tchécoslovaquie et les États-Unis, on aime voyager chez Agullo… Mais il ne fait jamais aussi chaud qu’à Parme avec Valerio Varesi. Nous nous retrouvons en plein milieu d’une enquête caniculaire, au mois d’août, avec Soneri, un commissaire rempli de bagout, fin gourmet, humain, désabusé… Surtout lorsque ses recherches sont chapeautées par des plus puissants que lui. Avec Les Mains vides, Valerio Varesi montre surtout que son héros peut avoir les mains liées. Le lecteur, lui, restera accroché à ce polar et savourera une authentique rencontre avec ce personnage récurrent. »
Les Mains vides,
Valerio Varesi,

Traduit de l’italien par Florence Rigollet,
Agullo noir

La librairie de Corinne
7, rue André-Leroux
33780 Soulac-sur-Mer
09 75 95 86 54
www.librairiedecorinne.com

ANTHONY
CLÉMENT

« La maison d’édition qui révéla Franck Bouysse nous a offert cette année une nouvelle voix précieuse, celle de Laurent Petitmangin, et son premier roman attachant, bouleversant, réaliste au titre délicat Ce qu’il faut de nuit, publié en août à La manufacture de livres. Entre amour intense et profonde déception, l’histoire accidentée d’un père et de ses deux garçons. En outre, l’écrivain lorrain a reçu le prix Stanislas 2020, qui récompense le meilleur premier roman de la rentrée littéraire. »
Ce qu’il faut de nuit,
Laurent Petitmangin,

La Manufacture de livres

Caractères Librairie Café Social Club
17, rue du Maréchal-Bosquet
40000 Mont-de-Marsan
05 58 06 44 12
librairiecaracteres.wixsite.com/caracteres-librairie

JUNKPAGE
2020 aura été un curieux millésime pour Marc Large. En effet, le 18 septembre, Sud-Ouest mettait un terme à sa collaboration vieille de 13 ans. Puis, quelques semaines plus tard, le Club de la Presse des Hauts-de-France lui décernait son Grand Prix du dessin de presse pour « Procès de Charlie Hebdo : Avant de commencer, je vous propose une minute de rire » publié dans… ce même quotidien régional. Le jury soulignant ainsi sa volonté de « manifester le soutien aux dessinateurs de presse à travers un des leurs et l’attachement du Club à la liberté d’expression par des caricatures ». En attendant, ses fidèles peuvent se consoler à la lecture de son dernier recueil Le coup de crayon de 2020, publié aux Éditions Passiflore, et préfacé par le vénérable Iturria et un certain Bruno Solo. Histoire de tourner la page ?
À noter, que l’homme n’a pas chômé puisqu’accompagné de Richard Arnaudin et Jean Tucoo-Chala, il a commis Félix Arnaudin, 100 ans après, relecture de l’oeuvre de Félix Arnaudin (1844-1921). Les 100 photographies proviennent d’Au Temps des échasses, ouvrage publié en 1928, uniquement à 310 exemplaires, sa première reconnaissance posthume. Des clichés complétés par ses propres textes, certains inédits, et par le résultat des recherches des auteurs.
Le coup de crayon de 2020,
Large, préface de Bruno Solo et Iturria
Éditions Passiflore