EVA KOŤÁTKOVÁ

L’artiste tchèque investit la nef du CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux avec Mon corps n’est pas une île : une installation monumentale à écouter, à voir, à rêver et à arpenter.

Sandra Patron a découvert Eva Koťátková en 2013 à la Biennale de Venise. L’artiste tchèque y présentait Asylum, une installation évoquant un corps fragmenté qui tente de se libérer des institutions psychiatriques. « Depuis, précise la directrice du CAPC, son travail a évolué, mais le coeur de sa pratique est resté le même : interroger le système normatif qui au quotidien nous contraint, nous assigne à des places, nous met dans des cases et comment la création, le rêve et l’imaginaire peuvent fournir de puissants moteurs pour s’en échapper. » Invitée à investir la nef du CAPC, Eva Koťátková y déploie Mon corps n’est pas une île.

Au premier abord, le visiteur sera sans doute saisi par un sentiment de confusion et de chaos. Refusant d’être embrassée d’un seul regard, la monumentale installation de l’artiste tchèque, née en 1982, se manifeste dans une arborescence faite de cages, de boîtes, de sculptures, de textiles, de costumes, de textes et d’objets disparates. Installée à une extrémité de l’espace muséal, une imposante structure métallique abrite une multitude de coussins colorés. Évoquant une tête de poisson, cet abri offre un repaire hospitalier où tout un chacun est invité à s’asseoir ou s’allonger pour écouter une pléiade d’histoires.

Racontés en trois langues (française, tchèque, anglaise), ces 21 récits nous embarquent dans une odyssée poétique, parfois drôle, tantôt surréaliste, mélancolique ou terrifiante. Narrés à la première personne du singulier, ces témoignages poétiques croisent celui d’un enfant harcelé à l’école, celui d’un serpent qui fait sa mue, celui d’un buisson qu’on arrache à son environnement naturel, celui de crevettes, de veste rose comme encore ceux de corps multiples tour à tour impotent, sans abri, anxieux, handicapé, amoureux ou destiné à la consommation immédiate…

Humains, végétaux ou animaux, ces 21 protagonistes s’incarnent à l’extérieur de l’habitacle dans les différents éléments qui constituent le dispositif imaginé par Eva Koťátková. Répertoriées sur un plan dessiné par l’artiste (qui permet de s’orienter dans ce curieux dédale), ces narrations fragmentées sont nourries par une revendication commune : le droit à l’existence, au rêve et à l’imaginaire. Le temps de l’exposition, Mon corps n’est pas une île sera activée chaque dimanche par des performeurs qui viendront s’emparer de ces différentes histoires et les partager avec le public. L’oeuvre-plateforme accueillera aussi un ensemble de rendez-vous avec des théoriciens, des chercheurs et des praticiens de la biologie sous-marine, de l’éthologie ou de l’éducation alternative.

Anna Maisonneuve

« Mon corps n’est pas une île », Eva Koťátková,
jusqu’au dimanche 29 mai,
CAPC musée d’art contemporain, nef, Bordeaux (33).
www.capc-bordeaux.fr