« ILS Y VIENNENT TOUS… AU CINÉMA ! »

Conçue par les Archives départementales de la Gironde et le groupe de recherche Ciné08-19, en partenariat avec l’université Sorbonne Nouvelle, cette exposition explore une incroyable décennie du 7e Art.


Baptisé en hommage au titre d’une revue musicale de 1917, repris par Colette, ce voyage entre fin de la Belle Époque et immédiat après Grande Guerre embrasse le foisonnement du cinématographe, tout à la fois industrie en plein essor, spectacle grand public, fabrique de stars, medium pédagogique et art total à part entière.
Conçu en trois temps – La fabrique du cinéma ; Où voit-on les films ? ; Que montrent les films ? –, riche de multiples artefacts, le parcours se savoure aussi dans trois salles (Eldorado, Palace et Apollo) comme autant de haltes bienvenues.
Il faut dire que les années 1910 sont d’une rare effervescence. Cinéma itinérant et cinéma forain, création des premières salles proposant une expérience unique avec force attractions, vulgarisation de la connaissance et du savoir, premières actualités filmées (Pathé-Journal, Gaumont Actualités, Éclair Journal, Éclipse Journal) et naissance de la critique (plus de 20 revues spécialisées dès 1908 !). Mais aussi les premières vedettes (Musidora, Mistinguett, Suzanne Grandais, René Navarre, Prince Rigadin) sans oublier les talents locaux : l’immense Max Linder, enfant de Saint-Loubès ou Louis Delluc, de Cadouin en Dordogne. Là se fonde le modèle toujours à l’oeuvre : producteurs, studios (Vincennes, Montreuil, Épinay, Neuilly, Nice), metteurs en scène, auteurs, scénaristes, acteurs et actrices.
L’envolée est telle en Gironde que 16 cinémas ouvrent entre 1907 et 1908 à Bordeaux et que l’on y recense 30 salles après la Première Guerre mondiale ! Il en va de même à Arcachon, La Teste-de-Buch, Sainte-Foy-la-Grande, Libourne, Pauillac, Pessac. Leurs noms sont tout un programme : Cinéma moderne, Théâtre du Midi, Théâtre Français, Étoile Palace, Casino Rey, Café de l’Orient, Athénée, Trianon, L’Élysée, Cinéma Palace…
On y voit autant La Sultane de l’amour que L’Assassinat du duc de Guise, des dessins animés de Benjamin Rabier que La Capture du bandit Bonnot à Choisy-le-Roi, le retour d’un bateau de pêche dans le port d’Arcachon que des documentaires consacrés à Charcot, Shackleton ou Amundsen.
Bon marché, populaire, tremplin pour les sociétaires de la Comédie-Française, terreau du serial (Fantômas, Judex, Les Vampires), lieu de toutes les expérimentations (Germaine Dulac, Marcel L’Herbier, Abel Gance) et du rêve (Apollinaire, Soupault, Albert-Birot, Billy), le cinéma devient par ailleurs cet outil moderne capable désormais d’appréhender les changements de la société.

Marc A. Bertin

« Ils y viennent tous… au cinéma ! » –
l’essor d’un spectacle populaire (1908-1919),
jusqu’au dimanche 6 mars 2022,
Archives départementales de la Gironde, Bordeaux (33).
archives.gironde.fr