« LIGNES DE FUITE » – Sur le plateau de Millevaches, le Centre International d’Art et du Paysage de l’île de Vassivière réunit neuf artistes autour de leurs œuvres nourries par les déterritorialisations politiques et poétiques.

Pour sa nouvelle exposition au Centre International d’Art et du Paysage de l’île de Vassivière (CIAPV), Alexandra McIntosh convoque le pouvoir suggestif des lignes de fuite. Emprunté à Gilles Deleuze et Félix Guattari, ce concept célèbre les déviations de trajectoires, les évasions et les devenirs disjonctifs capables de générer un autre monde de possibles.

En témoigne, le Tapis d’accueil 3, réalisé cette année par Michel Blazy. Distribués sur une surface de plusieurs mètres carrés, des éléments incongrus cohabitent : une moquette synthétique, des objets manufacturés, des espèces végétales domestiquées (plantes succulentes, pommes de terre, roseaux à plumes) et plantes sauvages d’origine locale. Irriguée par un système d’arrosage aussi simple qu’astucieux, l’œuvre sert de terrain fertile à la végétation pour s’épanouir parmi les objets artificiels. Imaginée pour accueillir les humains, les plantes, les animaux et les objets, l’installation « ne tente pas de préserver son intégrité face au vivant en s’y opposant, comme l’explique Michel Blazy, mais au contraire cherche à se faire absorber jusqu’à faire partie du vivant ».

Le motif du déplacement irrigue aussi la proposition d’Isa Melsheimer. Invitée au printemps avec l’exposition monographique « Les corps concrets sont finis », l’artiste allemande présente ici un nouveau volet de sa série entamée en 2012. Baptisée Wardian Case (caisse de Ward) du nom de cette serre portative inventée par le Britannique Nathaniel Bagshaw Ward (1791–1868) pour le transport au long cours des espèces végétales, l’œuvre prend la forme d’un aquarium en verre où s’épanouissent des pousses de sapin Douglas. Originaire de la côte ouest des États-Unis, cette espèce prolifère aujourd’hui de manière insensée dans le Limousin comme dans d’autres régions de France de sorte qu’elle représente aujourd’hui l’une des principales essences de reboisement du pays… Et un préjudice pour la biodiversité.

À la fois politique et poétique, cette dimension innerve d’autres travaux exposés. Avec Mathieu Pernot et sa série photographique La Jungle réalisée à Calais dans une nature portant les stigmates de l’occupation des migrants. En compagnie de Mohamed Bourouissa et sa continuation d’une histoire interrompue dans les années 1970 : un herbier créé à Alger dans la décennie suivant l’indépendance algérienne et laissé inachevé par son auteur. Comme aussi dans le film de Zac Langdon-Pole qui compile des séquences de dessins animés tirées des Archives cinématographiques de Nouvelle-Zélande dans lesquelles la faune et la flore règnent en maîtres.
AM

« Lignes de fuite »
Jusqu’au dimanche 6 novembre
Centre International d’Art et du Paysage, île de Vassivière, Beaumont-du-Lac (87)
ciapiledevassiviere.com