EINSTEIN ON THE BEACH – Depuis 20 ans, Yan Beigbeder s’emploie à la tête de l’association à rendre populaires ces multiples pratiques musicales que l’on dit « expérimentales ». À Bordeaux, mais aussi dans toute la Gironde et jusqu’à Bayonne, entouré d’artistes inventeurs, il expérimente sans relâche d’autres manières de faire. En témoignent, ce mois-ci, des déambulations entre les Capus et Rock & Chanson, un festival à Sainte-Foy-la-Grande…

Einstein on the Beach (Guet-Apens n°01)
Einstein on the Beach (Guet-Apens n°01)

« Off the Beach », la collaboration entre Einstein On The Beach et Rock & Chanson, se poursuit avec des déambulations musicales entre la place des Capucins et Talence. Que peut-on dire de ces deux samedis qui s’annoncent ?

C’est une tentative de voyage. Cela fait un moment que je me questionne sur la mobilité artistique et sur la représentation d’esthétiques que je considère comme buissonnières, plutôt qu’expérimentales. Le quartier où j’habite [les Capucins, NDLR] est encore rempli de ces artistes, et cette musique n’est jamais montrée dans l’espace. Alors, on va le faire, au bord d’une plancha, on va ensuite aller improviser dans le bus qui emmène jusqu’à Rock & Chanson et passer l’après-midi à écouter d’autres musiques surprenantes. À force de me balader dans les undergrounds et les caves, j’ai envie que tout cela prenne la lumière ! C’est peut-être là que c’est expérimental ?

Vous multipliez également les actions dans les zones plus rurales de la Gironde, notamment à Sainte-Foy-la-Grande. Pourquoi là ? Et à quoi va ressembler ce premier Guet-Apens, « festival de musiques buissonnières en Pays foyen » ?

Oui, nous sommes nomades, portés par cette idée que Deleuze et Guattari appellent la déterritorialisation… Je comprends cela comme un voyage permanent, où nous allons de façon récurrente de lieu en lieu, dans lesquels nous amenons petit à petit les richesses de ces transhumances. À chaque fois que nous revenons à un endroit, nous sommes différents. Nous travaillons ainsi avec Les Amis du Sahel à Bordeaux, les Espaces de vie sociale en Haute Gironde et là où le vent nous mène. Cela part toujours d’une rencontre avec des gens : à Sainte-Foy-la-Grande, c’est avec Marie-Laure Bourgeois et Vincent Bécheau, les parents d’une artiste avec qui nous travaillons, Prune Bécheau. Ils réhabilitent un lieu dans l’esprit (pas dans le style) de Gaudí, quelque chose qui est presque inachevable et qui bouge en permanence. Nous y organisons des concerts, des résidences, des captations, et maintenant ce festival, 7 jours avec 24 propositions qui vont présenter un champ assez vaste de ces pratiques buissonnières, du cinéma pour l’oreille aux mouvements les plus étranges, la musique improvisée, la noise, l’acousmatique, et tout ça dans divers lieux de la ville !

«J’aime tellement m’asseoir sur un banc et écouter la musique de la ville par exemple… »

Vous insistez beaucoup sur la notion de convivialité : est-elle ce qui permet à la création artistique de faire culture ?

Oui, j’insiste sur le fait que pour présenter des « choses », il faut être bien nourri, peut-être que mes racines andalouses et du Sud-Ouest m’aident dans ce sens. En fait, je crois tout simplement que je n’ai pas envie de faire « consommer » de l’Art ; il faut un endroit où l’on peut discuter de ce que l’on a vécu ou que l’on va vivre. Surtout, j’ai arrêté de penser à la place des gens. Je crois que ces pratiques sont loin d’être élitistes, bien au contraire, elles sont remplies d’une grande poésie. C’est ma culture et j’ai envie de la partager comme si j’invitais des amis autour d’un bon repas !

De plus en plus, vous intervenez en tant qu’artiste. Une évolution logique de votre métier de programmateur et de passeur ?

Il me semble important de montrer l’univers sonore qui m’appartient dans le cadre de ces événements : c’est une façon de présenter mes pratiques aux personnes que j’ai rencontrées sur le terrain. Ce n’est pas systématique non plus. Disons que j’ai surtout fait une grande pause musicale, dans laquelle je n’ai pas arrêté de jouer dans ma tête en écoutant les autres. Plusieurs hasards ensuite ont fait renaître tout cela : une plongée de 4 jours dans des carrières souterraines (merci La Grosse Situation), des personnes qui m’on fait confiance (merci Joël Brouch et l’OARA), et un confinement qui a été l’occasion pour moi de faire pousser toutes mes pensées… et de travailler avec tous ces poètes merveilleux ! Et puis, dans tout ce que je fais, il y a toujours une envie de faire découvrir
ces pratiques autrement, j’aime m’éloigner du plateau pour questionner l’espace public et les lieux de vie qui nous entourent. C’est une autre façon de « populariser » ces pratiques. J’aime tellement m’asseoir sur un banc et écouter la musique de la ville par exemple… On ferme les yeux et l’imaginaire démarre !

Parcours entre la place des Capucins et Rock & Chanson
Samedi 2 et samedi 9 avril, à partir de 11h, Bordeaux (33) et Talence (33)

Festival Guet-Apens
Du mercredi 13 au lundi 18 avril
Sainte-Foy-la-Grande et Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt (33)

Les Mamies Guitare, résidence du dimanche 24 au vendredi 29 avril
Et concert avec Black Andaluz, vendredi 29 avril, Étauliers (33)
einsteinonthebeach.net