IN VINO VERITAS par Henry Clemens

CLAUDE ET LYDIA BOURGUIGNON

Les ingénieurs agronomes français, anciens chercheurs à l’INRA et fondateurs du Laboratoire d’analyse microbiologique des sols (LAMS), étaient de passage par la Cité du Vin pour Les Grands Entretiens (1), menés avec gourmandise et bienveillance par Jérôme Baudouin, de la RVF. Les deux activistes sont venus remettre quelques points sur les i.

Les micro-biologistes ont œuvré à l’Institut national de la recherche agronomique jusqu’en 1989. Aujourd’hui, Lydia et Claude Bourguignon jouissent d’une belle (parfois agaçante, selon) renommée mais, surtout, semblent avoir éveillé quelques consciences viticoles, engourdies par des lustres de pratiques hérétiques. L’acte fondateur fut certainement le jour où ces iconoclastes quittèrent l’INRA après avoir démontré (dans un silence assourdissant) que l’état sanitaire des sols était alarmant en France. Une priorité, jadis, peu ou pas au cœur des préoccupations de la vénérable institution.
À la suite d’une conférence à Chalon-sur-Saône, le tandem fait une révélation fracassante : évoquant des mesures d’activité dans les sols, Claude révèle que les sols du Sahara sont plus vivants que ceux du vignoble bourguignon ! Un pavé dans la mare qui vaudra quelques inimitiés aux deux loustics. Pour l’illustre Bourguignonne Anne-Claude Leflaive (2), ce fut une découverte : elle allait remettre de la vie dans ses vignes. Les agrologues (3) émulateurs racontent d’ailleurs qu’en 1990, sur 1 500 viticulteurs bourguignons, cinq étaient en bio. Ils sont désormais plus de 250 déclarés.

Il serait question de terroirs – la France possède des sols d’une extrême diversité géologique –, encore faut-il, selon eux, pouvoir revendiquer la présence de micro-organismes dans ses sols. Pour que les plantes se nourrissent, il faut que les éléments soient rendus solubles par les micro-organismes et transportables par les racines. Le goût de terroir proviendrait ainsi des oligo-éléments solubilisés par les micro-organismes. La vigne comme toutes les plantes pérennes est liée à la mycorhization (4) – le nom est lâché – pour se nourrir, or les fongicides systémiques, catastrophiques pour la vigne, ont anéanti les mycorhizes.
On oubliait longtemps que la vigne possédait originellement ces mycorhizes, bien présents en revanche en biodynamie. Claude Bourguignon raconte que la mycorhization multiplie la longueur des racines par 400 ! Les racines du vignoble européen seraient ainsi passées d’une moyenne d’un peu plus de 3 mètres à moins de 50 centimètres entre 1900 et aujourd’hui. Une vigne non mycorhizée vivra tout au plus 20 à 25 ans alors qu’il se disait que les grands vins naissaient de vignes de plus de 30 ans !
Ne boudant pas leur plaisir, devant une audience des grands soirs, les chercheurs sont revenus sur la fausse polémique liée à l’utilisation du cuivre (5) ! Contrairement à bon nombre d’assertions, ils ont rappelé que la littérature scientifique n’a jamais démontré sa dangerosité. Ils évoquent une baisse du taux de cuivre dans les sols à partir de 1995, démontrant ainsi que la faune, les microbes captent ce cuivre. Et rappellent, enfin, que chez les bio et autres biodynamistes, la vie biologique des sols augmente, niant la corrélation entre la présence mesurée de cuivre et la disparition des micro-organismes.
Enfin facétieux, le duo a souhaité rappeler à Agnès Buzyn que le cuivre n’était pas un métal lourd car les microbes ne métabolisent pas les métaux lourds…


  1. Les Grands Entretiens : Lydia et Claude Bourguignon, soigneurs de terre. (17 décembre 2019). www.laciteduvin.com
  2. Vigneronne emblématique de Puligny-Montrachet et fervente biodynamiste (1956-2015).
  3. Manifeste pour une agriculture durable, Actes Sud.
  4. Un mycorhize est le résultat de l’association symbiotique, appelée mycorhization, entre des champignons et les racines des plantes.
  5. Le cuivre est utilisé par les agriculteurs bio pour combattre différents champignons, dont le mildiou, avec des doses autorisées à 4 kg par ha et par an en moyenne sur 7 ans.