Présents pour encourager leur équipe depuis 1987, les Ultramarines se veulent les garants de l’identité des Girondins de Bordeaux.

Principal groupe de supporters des Girondins de Bordeaux, les Ultramarines comptent aujourd’hui un millier de membres et quelque 4 000 sympathisants.

Apparu en Italie dans les années 1960, le mouvement ultra s’implante en France au milieu des années 1980. Constitués en associations indépendantes financièrement et moralement du club qu’ils supportent, et regroupés dans une même tribune, les ultras encouragent leur équipe au moyen de chants et d’animations ; qu’il s’agisse de banderoles, d’engins pyrotechniques ou de tifos. Au-delà du football, les groupes ultras ont chacun une mentalité propre, qu’elle soit politique ou sociale. 

D.R.

Si les Ultramarines bordelais ont pour habitude de se déclarer pudiquement « humanistes », on peut aisément les classer comme antifascistes et régionalistes. Ils viennent régulièrement en aide aux migrants, en particulier les Sahraouis, très présents à Bordeaux, et aux plus démunis en général, en distribuant des repas concoctés dans leur local, ou en collectant des jouets avant la période de Noël. Plus largement, le mouvement ultra dans son ensemble lutte contre ce qu’il appelle « le foot-business ». 

Leur pire cauchemar ? Que le Football Club des Girondins de Bordeaux soit cédé à un repreneur qui « ferait table rase de l’identité locale, des habitudes et de ce qui est déjà en place », raconte en tremblant Alex. « Les gens viennent au stade parce qu’ils se reconnaissent dans les Girondins. On n’acceptera pas un simple business plan. De même, on n’acceptera pas de vendre notre âme au diable en supportant un club racheté par un État à la politique contraire à nos idéaux, comme c’est le cas pour le PSG avec le Qatar, ou à un entrepreneur aux idées totalement contraires aux nôtres. »

Dans la pratique, les supporters ne siégeant pas au conseil d’administration du club, leur contestation ne peut s’exprimer que dans des tribunes que les financiers n’écoutent plus – quand ils ne les méprisent pas – depuis longtemps. Alors, si un tel scénario venait à se produire, quels seraient les moyens d’action des Ultramarines ? « Notre rôle sera d’alerter le public », souffle Alex en se rendant justement au stade pour assister à la victoire des siens face à Dijon. « Quand on entend parler d’un joueur pisté par les Girondins et qu’on sait qu’aussi bon soit-il, c’est un connard fini qui passe son temps à faire la bringue, on fait savoir qu’on n’en veut pas. Si on le fait pour les joueurs, pourquoi ne le ferait-on pas pour les dirigeants ? »

Contre le « foot-business », mais à la fois conscient que leur club a besoin de faire mieux, de gauche, mais ancrés dans un monde résolument capitaliste, les Ultramarines cultivent les paradoxes sans pour autant être dupes. « Si t’as pas de thunes, t’as pas de résultats. Et si tu viens au stade, c’est pour voir gagner ton équipe. Mais tu peux avoir un modèle différent qu’un fonds d’investissement, dans lequel finalement personne ne met tout son argent, sa passion et son énergie, mais attend un retour sur investissement sur quatre ou cinq ans. Ça, on n’en veut pas. »

Mathias Edwards

ultramarines87.blogspot.com

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