ALAIN BUBLEX – À l’Espace culturel François Mitterrand, à Périgueux, le plasticien place First Blood (Rambo) au cœur d’une installation plongeant le public dans des décors déserts où la présence humaine est pourtant manifeste.
Propos recueillis par Marc A. Bertin

Pourquoi cette fascination pour First Blood ?

Je n’ai aucune fascination pour First Blood. D’ailleurs, je n’ai pas de fascination en général ; c’est un terme que je n’emploie jamais. J’ai des centres d’intérêt, et le sentiment que ce qui m’intéresse m’engage, je m’intéresse donc avec sérieux. Ce n’est ni de la passion, ni de la fascination. Ce qui a retenu mon attention quand j’ai vu le film, c’était le sentiment que les lieux dans lesquels il a été tourné n’avaient pas été choisis seulement pour accueillir l’action. Il me semblait que le paysage était important et même qu’il tenait sans doute un des rôles principaux. Le paysage m’intéresse, et First Blood m’a intéressé par la place qu’il lui donne.

Aviez-vous vu le film à sa sortie en 1982 ?

Non, je ne l’ai vu qu’une bonne dizaine d’années plus tard, par hasard, lors d’une diffusion télévisée. Je ne l’ai d’ailleurs pas vu en entier la première fois, mais attrapé en son cours. Par la suite, je l’ai revu plusieurs fois mais, rarement, à l’occasion d’autres rediffusions. Jusqu’à décider d’entreprendre ce travail. Je n’ai vu aucun des autres opus de la série (il y en a 5 au total, je crois).

Le principe retenu vide chaque tableau de présence humaine, pourquoi ?

Pour isoler les arrière-plans. Je voulais vérifier si mon intention était fondée, et si effectivement les paysages dans ce film tenaient une place importante, s’ils pouvaient tenir l’écran par eux-mêmes, s’ils pouvaient dire quelque chose sans le jeu des acteurs. Pour cela, il me fallait isoler l’élément qui m’intéressait des autres et renoncer à une vue d’ensemble. En regardant le dessin animé du début à la fin, on assiste effectivement au déroulé d’une histoire. Un conte, qui n’est pas opposé au film originel, au contraire même, il est contenu dans le roman initial mais passait inaperçu dans le film tant l’action et l’affrontement des caractères occupent l’espace. Mais il n’est par ailleurs pas tout à fait exact de dire que les tableaux sont vidés de présence humaine : si aucun humain n’est représenté, la société humaine est omniprésente tout autant dans le dessin animé que dans les tableaux qui en sont issus. Quoi qu’il en soit, vider les tableaux de présence humaine n’est pas mon propos, si cela m’était utile, je pourrais tout aussi bien en ajouter.

La Colombie-Britannique et la Savoie se ressemblent-elles à ce point ?

Oui, à ce point. Pas spécialement la Colombie-Britannique, mais plutôt les Rocheuses. Bien que le film ait été tourné en Colombie-Britannique, l’action ne se déroule pas au Canada, mais dans un endroit indéterminé du nord-ouest des États-Unis et ce que l’on voit à l’écran est crédible.

Êtes-vous sensible au courant de l’hyperréalisme ?

Oui, entre autres. Je suis sensible à la peinture ou, plutôt, à la représentation en général (quels que soit l’époque et les moyens mis en œuvre).

Sylvester Stallone a-t-il vu votre travail ?

Je n’en ai aucune idée, et peu me chaut. Mon travail n’a pas relation particulière ni avec l’acteur ni avec le personnage qu’il incarne. Je me suis intéressé au film et à la place qu’il occupe dans l’histoire de la représentation du pays aux États-Unis.

« An American Landscape »Alain Bublex, jusqu’au dimanche 10 juillet
Espace culturel François Mitterrand, Périgueux (24)
www.culturedordogne.fr