FEMA FESTIVAL LA ROCHELLE CINÉMA – Du 1er juillet au 10 juillet, la manifestation célèbre ses 50 ans. Généreuse, festive, éclectique et exigeante, elle privilégie désormais trois axes : hommages, patrimoine et cinéma d’aujourd’hui. Arnaud Dumatin, co-délégué général, revient sur la nécessité d’inventer le festival de demain et l’importance de l’ancrage territorial.
Propos recueillis par Henry Clemens

Tours de La Rochelle 2021 © Jean-Michel Sicot

Quel est l’ancrage territorial du FEMA La Rochelle ?

La question est intéressante dans la mesure où ce festival ne s’est pas toujours tourné vers un public néo-aquitain mais visait, dans un premier temps, les cinéphiles de la France entière. Il se déroule tous les étés à la même période sur deux week-ends, dure dix jours et concerne pour moitié un public local. Il est donc implanté territorialement par son public mais également par les actions, à l’année, d’éducation à l’image. Des actions menées auprès des élèves, des collégiens, des lycées et des écoles supérieures de la région. Nous organisons beaucoup de hors-les-murs, des ateliers dans des communes rurales, contribuant à faire connaître ce festival qui fête cette année ses 50 ans. Il est également implanté professionnellement puisque nous avons créé un collectif des festivals de Nouvelle-Aquitaine. Nous avons noué des relations avec le FIFIB, avec le Poitiers Film Festival ou encore les deux festivals de Biarritz. L’idée est de mutualiser les moyens, d’échanger… Le territoire fait partie de l’identité du festival qui ne peut exister sans ce dernier, hors sol. Nous avons clairement la vocation de concerner davantage les Rochelais et les gens qui habitent la région.

Salle bleue La Coursive 2021 © Jean-Michel Sicot

Parlez-nous de cette édition particulière.

J’aimerais parler de l’hommage le plus médiatique de cette cinquantième, consacré à Alain Delon dont nous allons montrer 21 films, restaurés pour la plupart ! Des films de René Clément, de Visconti, de Melville, de Losey… Nous rendons également hommage à la réalisatrice britannique Joanna Hogg – avec une rencontre le 4 juillet – qui a récemment sorti The Souvenir, autofiction délicate et très touchante. L’intégralité de sa filmographie sera visible pour l’occasion. Nous invitons aussi le cinéaste espagnol Jonás Trueba dont le dernier film Qui à part nous vient de sortir. Un documentaire dans lequel le réalisateur espagnol suit un groupe d’adolescentes et adolescents madrilènes pendant cinq ans. Ce film est une question collective adressée à nous tous : qui sommes-nous ? Qui voulons-nous être ? Un film très important qui vient après Eva en août, le très rohmérien et mélancolique long métrage qui l’a révélé. Je suis très heureux de présenter le documentaire L’Énergie positive des Dieux, docu musical qui nous permet de suivre des musiciens autistes qui ont créé un groupe sous la houlette de leur éducateur. On est dans le champ de la création artistique, on les accompagne en résidence d’écriture. C’est un film qui sera suivi d’un concert de leur groupe Astéréotypie. Il y aura également des créations pour des ciné-concerts. C’est une des autres particularités du festival : demander à des musiciens de s’emparer d’un film muet et de l’illustrer. On invitera pour l’occasion le musicien franco- letton Dominique Dumont, qui a créé une partition pour Les Hommes le dimanche, le chef-d’œuvre de Robert Siodmak. Nous sommes fiers de coproduire cette œuvre.

Comment le FEMA se distingue-t-il des festivals néo-aquitains de Sarlat ou d’Angoulême ?

Les deux cités ont leur identité propre et forte ! Sarlat est un festival qui s’adresse à un public scolaire, Angoulême est le festival du film francophone. Nous sommes le festival de la cinéphilie. Un festival qui s’intéresse à tous les cinémas, de tous les pays, de son origine à nos jours. Un festival de découverte ou de redécouverte d’un cinéma souvent oublié et peu diffusé. C’est un travail qui s’apparente parfois à de l’archéologie. Nous travaillons de fait beaucoup avec les cinémathèques et les distributeurs indépendants pour rééditer des œuvres et les réévaluer. Il est important d’ajouter que nous sommes un festival sans compétition depuis 1973. Ça change l’esprit du festival qui reste très attaché aux rencontres avec plus d’une centaine de présentations-débats, beaucoup de master class. Tout est basé, lors de ce festival, sur la rencontre avec l’œuvre, leur créateur et leurs protagonistes. Nous proposons cette année un parcours autour de l’œuvre de Pasolini — sur le modèle de ce que peuvent faire les musées — pendant lequel des historiens du cinéma viendront commenter, analyser une œuvre. Ce qui permettra de découvrir intimement une œuvre, d’avoir un regard critique. En dix jours, le festival permettra de revenir sur l’œuvre de Pasolini, d’Audrey Hepburn ou encore de découvrir un jeune cinéaste espagnol Jonás Trueba. Nous proposons une cure de cinéma pour tout le monde !

Quelle peut être la dimension politique d’un festival comme le vôtre ?

Le cinéma de patrimoine peut faire écho politiquement à ce que nous vivons aujourd’hui et nous avons une section de cinéma contemporain, Ici et Ailleurs, regroupant une cinquantaine de films reflétant souvent des problématiques actuelles. Nous ne sommes pas déconnectés du réel. 

Il n’est en aucun cas un festival muséal ?

Non ! Le cinéma de Pasolini est actuel et politique ! À travers les thématiques, les nouvelles esthétiques, nous sommes en phase avec notre temps, j’ajoute que cette année nous avons une découverte du nouveau cinéma ukrainien. Depuis le début, nous tenons à une répartition équitable des programmations avec une partie consacrée au cinéma d’hier avec des rétrospectives, une partie consacrée aux hommages et une au cinéma d’aujourd’hui. On ouvre le champ à tous les cinémas dans la mesure où notre public n’a pas envie de rester dans la même esthétique ou thématique pendant dix jours. Une nuit blanche avec Brad Pitt nous permettra clairement de toucher un public beaucoup plus large.

Comment un festival peut-il redonner envie d’aller en salle ?

Si les salles veulent retrouver leurs audiences, elles doivent proposer autre chose que des projections. Elles doivent événementialiser la projection et montrer que la salle, c’est un grand écran mais aussi la possibilité de prolonger l’expérience par une rencontre, un débat. Le rôle du festival s’est d’éditorialiser son offre, et de ne pas juste être un catalogue pléthorique comme peuvent l’être les sites de streaming, sans guide pour vous accompagner. Le festival fait une sélection stricte en amont pour prendre le spectateur par la main en lui proposant débats, musiques, expos. Les projections en salle doivent comprendre une dimension festive pour faire que la fréquentation redémarre. Le contexte est un peu moins dramatique pour les festivals qui ont cette carte à jouer mais encore faut-il que perdurent les salles, c’est un écosystème aujourd’hui menacé.

FEMA Festival La Rochelle Cinéma,
du vendredi 1er au dimanche 10 juillet, La Rochelle (17).
festival-larochelle.org