LES YEUX FERMÉS 
Événement automnal immanquable, l’exigeant festival porté par la Gaîté Lyrique fait escale au Confort Moderne de Poitiers. C’est encore son créateur, Guillaume Sorge, activiste de longue date et curateur avisé, qui en parle le mieux. 
Propos recueillis par Marc A. Bertin

Au-delà du clin d’œil à la musique du film de Joël Santoni, signée Terry Riley, que sont Les yeux fermés 
Une proposition. Des concerts de musiques d’écoute dans un cadre différent : l’obscurité, sans écran, sans téléphone portable. Pas de DJ sets et on demande aux artistes de proposer des performances conçues pour ce contexte bien particulier. L’idée est de changer un peu le contexte et la perception que peut avoir le public d’une performance musicale, de reconnecter avec le son, renouer avec une expérience intime et collective.

La frénésie de l’époque nécessite- t-elle de revenir à une écoute consciente et consciencieuse de la musique ?
Consciencieuse, je ne sais pas… L’idée, c’est simplement d’essayer de favoriser une forme d’abandon grâce à l’obscurité. On est constamment dérangés. Je pense vraiment que les smartphones peuvent être un outil d’aliénation et que les images mentales que l’on crée dans le noir sont potentiellement plus folles que bien des propositions visuelles.

Ne plus voir la figure de l’artiste au profit d’une immersion dans la musique, est-ce une façon de désacraliser l’approche du concert ? 
Un peu, oui, on essaie de se débarrasser des artifices pour se concentrer sur l’essentiel.

Tous les courants musicaux sont-ils susceptibles de se fondre dans ce format ?
Je l’espère. Je n’ai pas du tout envie de me limiter à un style ou un public. À terme, je souhaite que les gens nous fassent suffisamment confiance pour ne même plus avoir à annoncer qui joue, que la surprise soit totale…

À l’affiche, un plateau aussi alléchant que surprenant. Commençons par le régional de l’étape, Thomas Bonvalet, ancien Cheval de Frise, désormais L’Ocelle Mare, avec une création. Un choix « évident » ?
Oui, car sa démarche est exactement ce qui nous intéresse : une proposition qui emprunte à la musique DIY, expérimentale, folklorique, qui explose toute catégorisation. Son travail est extrêmement touchant et singulier.

Puis, un mythe, Peter “Sonic Boom” Kember, ex-Spacemen Three. Comment séduit-on une telle légende ?
Comme tous les gens vraiment brillants, Pete Kember est très simple. J’ai eu la chance de le côtoyer deux fois, au festival Astropolis puis à Paris où je l’ai invité à mixer aux côtés de Jarvis Cocker dans un ancien club lesbien à Pigalle. La nuit était folle, nous sommes restés en contact et peut-être qu’une certaine forme de confiance s’est établie (je l’espère).

Le festival est intimement lié à la Gaîté Lyrique et voyage peu. Le choix du Confort Moderne sanctionne-t-il l’esprit éclairé et l’humeur aventurière du lieu ? 
Totalement. Nous avons la chance d’avoir une génération de programmateurs (je pense aussi au Lieu Unique à
Nantes) issus de la même génération et qui partagent une vision éclairée et aventureuse de leur travail… Qu’ils en soient ici remerciés !

Les yeux fermés : L’Ocelle Mare & Sonic Boom, samedi 16 octobre, 21h, Le Confort Moderne, Poitiers (86). www.jazzapoitiers.org / www.facebook.com/lesyeuxfermesparis