LYDIA SCAPPINI Commissaire de « Fans des années 80 », un choix d’œuvres issues de la collection Quasar d’Anne-Marie et Jean-Jacques Lesgourgues, elle présente les enjeux de cette exposition et précise aussi le bilan et la programmation du pôle arts visuels de la Ville d’Anglet.

Anglet le 23 novembre 2021 Exposition Fans des années 80 à la Villa Beatrix Enea / Regard sur la collection Quasar, oeuvres acquises par le couple Lesgourgues / Lydia Scappini , commissaire de l’exposition

Propos recueillis par Didier Arnaudet

Vous êtes responsable du pôle arts visuels de la Ville d’Anglet depuis 2016. Quelle ligne artistique avez-vous souhaité mettre en place ?
Lorsque j’ai pris mes fonctions, un schéma culturel avait été réalisé.
Pour le volet arts visuels, la Ville d’Anglet réaffirmait pleinement son orientation en faveur du soutien à l’art contemporain et sa volonté de jouer un rôle d’entraînement dans son territoire à partir de son lieu emblématique, la Villa Beatrix Enea. Après avoir assuré la co-direction d’Astérides, à la Friche la Belle de Mai (Marseille), et la direction du centre d’art Le Garage à Brive-la-Gaillarde, il m’est apparu important de comprendre l’histoire et la particularité de la Ville d’Anglet, qui œuvre pour l’art contemporain depuis plus de quarante ans, de valoriser cette implication historique, de respecter tous les acteurs de cette construction. L’enjeu a été de proposer une programmation avec un niveau d’exigence équivalent à celui de l’événement phare de la collectivité, la biennale. La ligne artistique a été mise en place progressivement dans une volonté d’éclectisme, avec des confrontations, des télescopages. Elle porte une attention au territoire («Azur», Pascal Convert), à la scène artistique du Sud aquitain (« Vaste Monde » #1
et #2), à la question de l’in situ (« World Wide Wave », Gilles Barbier, ou « Suite galiléenne », Raphaël Zarka).
Nous demandons aux artistes de prendre en compte le lieu qui va accueillir leurs œuvres et nous leur donnons les moyens de produire des œuvres spécifiques, réalisées pour les projets du centre d’art. La publication de catalogues, sous la forme d’une collection avec des prises de vues dans nos salles, a été posée. L’autre engagement consiste à défendre la pluralité des parcours et le travail des artistes qui font déjà partie de l’histoire de l’art (« Terrain de “Je” », Ben, Combas, Parant). Enfin, la Ville possédant une collection d’art contemporain, un cycle sur sa diffusion et d’une manière générale sur l’attention portée aux collections est exploré (« 40 ans & + »).

« Fans des années 80 » est une sélection d’œuvres de la collection Quasar – Anne-Marie et Jean-Jacques Lesgourgues ? Quel regard portez-vous sur cette collection ?
Cette exposition est une carte blanche liée à la volonté de notre partenaire de redécouvrir sa collection avec un regard extérieur. Le point de départ du commissariat est la naissance de la collection, au début des années 1980. La sélection des trente-six œuvres, choisies dans le corpus des sept cent quatre-vingts à disposition, rend compte d’une approche sensible avec l’idée de souligner sa diversité, sa richesse mais aussi le travail de recherche, la curiosité et la gourmandise qui se cachent derrière l’esprit de cette collection.

Que représente pour vous les années 1980 ? Autour de quels enjeux avez-vous organisé cette exposition ?
En France dans les années 1980, les préoccupations artistiques sont en réaction contre la rigueur intellectuelle des années 1960 et 1970. Il y a un refus des contraintes, du sérieux, des avant-gardes, un retour à la figuration. La notion de plaisir est assumée, ce sont des années furieuses, euphoriques, festives. Paradoxalement, au-delà de cette légèreté, il y a également une crise de la société. L’art de cette période reflète ces contradictions. Quarante ans après, il règne autour des années 1980 une sorte de nostalgie, l’exposition porte un regard sur cette décennie depuis le prisme de notre époque mais avec toute la subjectivité d’une collection privée.

Pouvez-vous évoquer votre programmation 2022 ?
L’année 2022 est centrée sur le cycle des collections. Nous présenterons « Figure-toi ! Di Rosa et les collections du Musée International des Arts Modestes ». Cette exposition, considérée comme un geste inaugural, sera la première manifestation de diffusion du MIAM en France. Puis, nous découvrirons le commissariat de Jean-Claude Marcadé qui s’est rapproché de la Ville en formulant le souhait de faire don de la collection d’avant-garde russe, constituée avec son épouse, Valentine Marcadé. L’arrivée de cet ensemble de mille huit cents œuvres marque un nouveau tournant pour Anglet qui possède déjà un fonds de plus de mille trois cents œuvres.

À cela se rajoute la migration de l’actuelle galerie Georges-Pompidou qui va bénéficier à l’horizon 2023 de nouveaux espaces de monstration à proximité immédiate de la Villa Beatrix Enea. Le projet vise à conforter la vocation de centre d’art contemporain de cette dernière en lui donnant les espaces adéquats à son déploiement et à son rayonnement.

«Fans des années 80 – Collection Quasar», jusqu’au samedi 26 mars,
centre d’art contemporain Villa Beatrix Enea, Anglet (64). www.anglet.fr