DAMIEN GODET

Il a pris les rênes de la Scène nationale de Bayonne en janvier et lance, aux côtés d’artistes complices qui en seront le fil rouge, sa première saison. De Boucau à Saint-Jean-de-Luz, en passant par Anglet et Bayonne, plus de 60 spectacles et 175 représentations font la part belle aux langues d’ici et d’ailleurs.

Propos recueillis par Henriette Peplez 

Les bonnes nouvelles pleuvent sur Bayonne : remontée de l’Aviron Bayonnais en top 14 et nouveau projet pour la Scène nationale, dont le périmètre est élargi et qui se trouve transformée d’association en établissement public de coopération culturelle. Damien Godet en a pris la direction en début d’année, en plein chantier de mutation. L’ancien administrateur du Festival d’Avignon apporte dans ses bagages des artistes de grand talent et des idées novatrices pour ré-enchanter le rapport au public. Sa saison, ouverte à « l’indiscipline » et aux formes hybrides, est émaillée du meilleur de la dernière édition avignonnaise dont L’Amour vainqueur d’Olivier Py, Sous d’autres cieux de Maëlle Poésy, Lewis versus Alice de Macha Makeïeff ou La République des abeilles de Céline Schaeffer. 

Nouvelle saison, nouvelle communication : la plaquette s’ouvre sur une galerie de portraits d’artistes. Qu’est-ce qui a présidé à ces choix ? 

La relation aux publics est une attente forte. Or, l’équipe de la Scène nationale n’est pas dimensionnée pour embrasser à la fois ce large territoire et l’ensemble des missions d’éducation artistique, de démocratisation, d’élargissement des publics ; deux personnes seulement sont dévolues à l’action culturelle ! Notre voeu est d’instaurer un rapport qui ne soit pas uniquement celui de la venue au spectacle, mais de créer des relations sur une durée plus longue avec une présence artistique dans la ville qui permette de susciter la curiosité des habitants. Occuper le terrain autrement, créer de la surprise, de la poésie, des images qui demeurent. Voilà l’enjeu d’associer des artistes. 

Qui sont les artistes compagnons ? 

Sandrine Anglade et la compagnie des Petits Champs, avec lesquels il y a un rapport privilégié basé sur de vraies envies, et une forme de liberté. La compagnie des Petits Champs est dirigée par Clément Hervieu-Léger, sociétaire de la Comédie-Française (qui est souvent venue ici à Bayonne), et Daniel San Pedro, qui est basque et castillan, une double culture qui est une richesse. Ils présenteront trois formes très différentes, feront des lectures, mèneront des ateliers. La musique a une place importante dans leur travail, comme dans celui de Sandrine Anglade. Elle aime les gens, fédère et sait très bien mener des projets partagés. 

On parle plutôt de projets « participatifs », non ?

Je préfère le mot « partagé » que « participatif », car il raconte la rencontre entre l’artiste et les amateurs, les habitants, les équipes. Cette saison ce sera Safari intime d’Opéra Pagaï, et Jingle de Sandrine Anglade qui préparera dès avril L’Étoffe de nos rêves pour la saison suivante.

Quelle est la relation aux artistes estampillés « suivis » dans la saison ? 

L’idée est de montrer différentes facettes de leur travail. Ce sont des gens joyeux, généreux, heureux d’être là et d’aller à la rencontre des spectateurs. De vraies et belles personnalités, drôles et attachantes. Ximun Fuchs, Lise Hervio et Pascale Daniel-Lacombe vivent et travaillent au Pays basque ; Opéra Pagaï et Jérôme Rouger en Nouvelle-Aquitaine. Avec le Théâtre Dromesko, Phia Ménard, Thomas de Pourquery et Jann Gallois, j’ai été attaché à ce qu’ils viennent faire connaissance avec l’équipe de la Scène nationale. Si la rencontre ne se produit pas avec l’équipe, elle ne peut pas se produire avec le public. Or, quand on a des récurrences, des présences longues, c’est fondamental.

Quelle est la place donnée à la langue basque ? 

Avec Ximun Fuchs, nous avons eu une discussion passionnante et passionnée sur ce sujet. Sa prochaine création, Zaldi Urdina, sera présentée sur une longue série de huit représentations, dont la moitié en langue basque non sous-titrée. Construit comme une enquête policière, il prend appui sur l’histoire basque des années 1980. Nous entendrons aussi les poèmes basques d’Itxaro Borda, grâce à l’un des artistes les plus connus, programmé pour la première fois à la Scène nationale : Beñat Achiary, qui joue aussi de la txalaparta dans un spectacle qui raconte les mines de Biscaye. J’ai une vraie attention pour les langues. J’en ai compté quinze différentes cette saison : anglais, français, farsi, italien… et celle, singulière et unique, de Valère Novarina. 

La saison propose aux spectateurs des « parcours ». Auriez-vous peur qu’ils soient perdus ? 

On a construit ces parcours comme des tables chez un bon libraire, avec des thématiques, pour éveiller la curiosité. On va voir si ça marche ou pas : comment le public réagira-t-il à ces bouleversements ? Les formes que j’amène sont parfois radicalement différentes, notamment en jazz. Ça peut potentiellement troubler les habitués. Néanmoins, je fais confiance à l’intelligence du public et je crois qu’on peut le nourrir avec autre chose, y compris dans la communication, en laissant la parole aux artistes. 

Resterez-vous 30 ans comme votre prédécesseur ? 

J’ai un mandat de cinq ans, pas un contrat à durée indéterminée. Je me projette dans les années à venir ici, tout en gardant à l’esprit que nos « maisons » ne nous appartiennent pas. Notre rôle est de les faire grandir, leur donner un nouveau souffle, et puis de les transmettre.