ÉRIC BERR

Maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux et membre des Économistes Atterrés, il décrypte les clichés économiques et propose une vision différente du néolibéralisme actuel1. Ce mois-ci, il s’attaque à un système qui fait bien souvent grincer des dents : les impôts.

Nous nous comparons avec d’autres pays, mais ces parallèles sont biaisés. Les taux de prélèvement sont effectivement supérieurs en France, mais ne comprennent pas la même chose qu’à l’étranger. La solidarité compte beaucoup plus dans nos charges. 

La moitié de ce qui est capté – au titre de cotisations sociales ou d’impôts – est presque immédiatement reversé, sous une forme ou une autre, aux ménages et aux entreprises. 

Dans d’autres pays, le système de santé est bien plus privatisé, donc évidemment moins financé par la fiscalité. Que vaut-il mieux ? Payer des impôts ne pose pas tant de problèmes. Lorsque l’État les récupère, ce n’est pas pour les enterrer dans un jardin : il s’en sert pour faire quelque chose. Allocations familiales, aides au logement… Il s’agit d’une redistribution.

On peut avoir un jugement sur ces choix de répartition et leur efficacité. Aujourd’hui, cette redistribution se fait à l’envers et c’est un autre problème. Mais le fait d’être trop prélevé est subjectif. Quel est le niveau pour payer trop d’impôts ? Je suis content de les acquitter si cela permet d’offrir l’école et l’université quasiment gratuitement. De ne pas avoir à débourser 100 000 euros pour une opération chirurgicale. Dans ces cas-là, on ne règle pas trop d’impôts. 

Cet argument est finalement très égoïste : « Je ne veux pas dépenser pour la santé parce que je ne suis jamais malade. » Jusqu’au jour où vous avez un pépin. Avec ce raisonnement, on rejette plus ou moins le système qui repose sur la solidarité. Lorsque l’on acquitte ces taxes, on finance des choses dont on n’aura pas besoin, ou pas dans l’immédiat. La méthode consiste à socialiser un risque ou un objectif commun jugé important. 

Si les gens règlent un peu moins de charges, ils ont légèrement plus de revenus. Mais il y a aussi moins de possibilités pour financer les services publics. Quand on voit ce qu’il se passe à l’hôpital, à l’école, dans les universités… L’imposition est un choix de société. Avoir des pourcentages de prélèvement plus importants, cela veut dire que l’on fait fonctionner la collectivité, que l’on redistribue. Avoir des taux plus bas instaure le chacun pour soi.

1. Série de cinq billets sur la dette à retrouver dans les prochains numéros de JUNKPAGE.

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