FRAC POITOU-CHARENTES – L’institution réunit une quinzaine d’œuvres, récemment entrées dans la collection, dans une exposition mettant en perspective les « ouvrages de dames ».

Broderies, tapisseries, tricots, crochets, macramés, frivolités, dentelles, etc., les travaux d’aiguille et de couture sont historiquement associés aux femmes. Activité de haute lignée au Moyen-Âge, occupation délaissée par l’aristocratie au xviie siècle, la broderie est à nouveau prisée à la fin du xviiie siècle. Conduite alors par les injonctions de l’épouse parfaite (en concordance avec la position rousseauiste), la couture embrasse les luttes ouvrières de la seconde moitié du xixe siècle avec le travail mercenaire des femmes employées dans l’industrie textile comme elle offre à d’autres, désireuses d’accomplir un travail rentable, des alternatives émancipatrices au cours du xxe siècle.

On l’aura compris. Ces tâches féminines ne peuvent supporter les approches unilatérales comme l’éclaire l’historienne Aline Dallier : « Si nous nous accordons aujourd’hui sur le fait que les travaux d’aiguille ont participé à l’esclavage de nos mères et de nos grands-mères, il n’est pas sûr que ce soit toujours au nom d’un même idéal et il n’est pas évident que toutes les femmes aient vécu cette contrainte de la même façon. Dans bien des cas, la couture sera au contraire ressentie comme une forme d’activité compensatrice et, plus près de nous, comme une forme d’expression contestataire1. »

Ce caractère séditieux se reflète dans l’exposition proposée par le FRAC Poitou- Charentes. Outil d’éclatement des frontières (entre arts appliqués, design et arts plastiques), l’usage de cette activité manuelle dans les arts visuels offre l’occasion de soulever une flopée de réflexions. Elles se font militantes en compagnie du collectif serbe Škart et de Raymonde Arcier (1939-), féministe de la première heure, qui s’attaque, non sans humour, à la servitude domestique avec ses emblématiques poupées en coton crocheté de plus de deux mètres de haut. Elle se fait sociétale avec les robes fantomatiques d’Ingrid Luche, ou punk avec Vava Dudu, artiste pluridisciplinaire aussi à l’aise dans l’underground (avec son groupe La Chatte) que dans l’art et la mode.

Ailleurs, il est question d’Histoire avec la série de textes tapuscrits sur des morceaux de soie colorée, signée Agnès Geoffray. Avec Christelle Familiari et ses objets en laine crochetée main, les travaux d’aiguille se chargent d’érotisme, ou fournissent un onirisme volontairement frivole avec Emmanuelle Villard et son tondo qui disperse un magma de perles, de strass, de colliers et de gemmes. 
Anna Maisonneuve

1. Dallier Aline, Les travaux d’aiguille. In Les Cahiers du GRIF, n°12, 1976. Parlez-vous française ? Femmes et langages I. pp. 49-54.

« Paradoxales », jusqu’au lundi 3 octobre
FRAC Poitou-Charentes, Angoulême (16)
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