CLAIRE FORGEOT Entrée récemment dans la collection d’art contemporain de la Ville d’Anglet, son œuvre Pignada prend pour thème le tragique incendie qui a ravagé des centaines d’hectares de pinède au cours de l’été 2020. Retour sur la genèse de ce triptyque en compagnie de cette native de Bayonne.

Propos recueillis par Anna Maisonneuve

Comment a débuté ce travail réalisé après l’incendie qui a ravagé la forêt d’Anglet en juillet 2020 ?
En fait, c’est une histoire qui démarre bien avant. En 2004, je me suis rendue comme presque chaque été en Grèce sur l’île de Karpathos. Avec mon compagnon, nous avons pour habitude de gagner le village à pied, avec nos sacs à dos. Un mois auparavant, il y avait eu un incendie. Le village avait failli brûler. Les habitants étaient encore sous le choc. Les terrains consumés, les arbres noircis… C’était très impressionnant et émotionnellement fort. On y est retourné l’année suivante. La végétation repartait. Les troncs avaient été coupés. Leur coeur avait une couleur miel qui détonnait avec le noir de l’écorce calcinée. Plastiquement, j’ai trouvé ça fascinant. Quelques années plus tard, en 2007, j’ai commencé à dessiner et à peindre sur ce thème. Ça s’est fait naturellement.

© Claire Forgeot. Acquise pour la collection municipale en 2021.

Quelle était votre approche ?
Je m’intéressais alors à la relation que pouvait entretenir la couleur avec ce que j’appelle le noir de calcination, c’est-à-dire un noir que je considère comme primitif : très dense, très profond, très mat. En 2019, peut-être en raison des différentes sécheresses qui ont touché l’endroit où je suis installée [département de l’Allier, NDLR], j’ai commencé une série de dessins appelée « les jardins consumés ». Laquelle s’inspire des plantes de mon jardin.

Quand l’incendie d’Anglet a eu lieu, qu’avez-vous ressenti ?
J’étais choquée. L’endroit me rappelait mon adolescence. Même si je ne parcourais pas cette forêt quotidiennement, elle faisait partie du paysage. Pour autant, je n’ai pas réagi tout de suite. Il m’a fallu plusieurs mois pour que je me dise qu’il fallait que j’intègre cet événement à ma série. C’est arrivé comme une évidence. Début 2021, j’ai donc pris contact avec Jean-Michel Barate [1er adjoint au maire d’Anglet, chargé de la Culture, NDLR], qui m’a aidée à avoir une autorisation pour aller photographier la pinède. De retour chez moi, j’ai débuté ce triptyque. Je l’ai tenu au courant de l’avancement de mon travail et c’est comme ça que l’idée d’intégrer ce dessin au patrimoine angloy est née.

Comment a-t-il été élaboré ?
C’est un travail au long court. Il y a la partie dessinée assez classique où j’associe la pierre noire et la mine de plomb. Une fois cette étape terminée, je viens brûler le papier avec un pyrograveur. Cela dure des heures et des heures. J’opère des scarifications, des perforations et des trous par endroits : sur les feuillages et le sol, sur ce qui a été brûlé par l’incendie… Le travail que je mène peut être qualifié d’autobiographique puisque les plantes et les arbres que je dessine ne sont pas choisis au hasard. Ce sont des arbres que je connais, ou bien des spécimens très précis, qui ne sont pas anonymes ou interchangeables. Certains des arbres de Pignada ont peut-être été coupés depuis, mais d’autres sont toujours là. Je pense qu’on peut les reconnaître.

« Pignada », Claire Forgeot,
jusqu’au samedi 26 mars,
Villa Beatrix Enea, Anglet (64).
www.anglet.fr

© Claire Forgeot. Acquise pour la collection municipale en 2021.