ANABELLE HULAUT – Rencontre avec l’artiste qui signe à Thouars, dans les Deux-Sèvres, pour La Chapelle Jeanne d’Arc l’exposition « I don’t want a planet pizza without relief ».
Propos recueillis par Anna Maisonneuve

Comment a débuté ce projet à Thouars ?

Avec une invitation du centre d’art La Chapelle Jeanne d’Arc pour mener des ateliers à l’école primaire Paul-Bert auprès des classes de CP et de CE1 à la fin de l’année 2020. J’avais proposé aux enfants de travailler sur le « paysage agité ».

De quoi s’agit-il ?

Anabelle Hulaut ©Philippe Piron

Ce sont des compositions que je fais dans mon atelier sur ma table de travail à partir d’éléments de rebut que je récupère à droite à gauche toujours en vue de créer un paysage. Les choses sont parfois montrées telles quelles, d’autres fois travaillées, peintes ou accommodées. Je prends une photo de ce moment, de cette petite action et puis je défais. Il n’en reste rien d’autre. Ce projet, je l’ai commencé en 2019. Durant le premier confinement, en mars 2020, j’ai décidé d’en faire un par jour. Aujourd’hui, j’en fais encore de temps en temps, mais c’est moins régulier.

Ce travail a-t-il initié l’exposition que vous présentez actuellement à La Chapelle ?

En partie. Lors de ma résidence, j’avais réussi à avoir une journée de plus pour utiliser le sous-sol de La Chapelle comme atelier. Je voulais expérimenter cette histoire de paysage animé mais à l’échelle un. J’y ai installé un grand cyclorama, mais les éléments paraissaient minuscules. Il fallait complètement changer le rapport d’échelle. J’ai commencé à poser une main, puis le corps. Puis, j’ai eu envie d’enlever le cyclorama pour m’échapper dans l’espace.

Quel est l’autre événement qui fait genèse ?

J’étais déjà venue à Thouars à de nombreuses reprises pour voir les expositions de La Chapelle. En flânant dans la ville, j’avais remarqué un point de vue magnifique sur la vallée du Thouet. En contre-plongée, on a une vue sur les toits. Certaines des maisons sont munies d’extracteurs de fumée rotatifs en inox. Avec le soleil, cela génère des réflexions optiques semblables à des pépites lumineuses. À chacune de mes visites, j’étais fascinée par cet éblouissement qui nous aspire. Cette fois-ci, je me suis dit que je ne pouvais pas en faire abstraction. Du coup, j’en ai acheté un, je l’ai démonté pour voir comment c’était fichu et pour éventuellement en fabriquer un. Mis à plat, cela fait comme une rosace. Et cette forme fait écho à la magnifique rosace de la chapelle Jeanne d’Arc comme aussi à d’autres éléments présents dans mon travail à l’instar de « l’œil éclair ».

Les paysages agités, l’extracteur de fumée, l’œil éclair, la rosace… Comment fonctionnent tous ces éléments au sein de l’exposition ?

De manière générale, j’aime bien que les choses ne soient pas toutes données d’entrée de jeu. Ici, le visiteur endosse en quelque sorte le rôle d’un détective. Le dispositif l’amène à modifier son regard, à chercher des indices, à faire un pas de côté. J’ai pensé l’exposition comme un seul paysage rempli de plusieurs petits paysages. Pour les observer, on doit multiplier les points de vue : s’accroupir, regarder à travers des œilletons disposés à différentes hauteurs, grimper sur une montagne pour avoir une nouvelle perspective si bien que tout devient vivant.

« I don’t want a planet pizza without relief »Anabelle Hulaut
Jusqu’au dimanche 29 mai, La Chapelle Jeanne d’Arc, Thouars (79)
cac.thouars.fr