FRANÇOIS MORELLET – Au cœur de la plus petite AOC du Médoc, le centre d’art du château Chasse-Spleen expose l’œuvre du peintre, sculpteur et artiste autodidacte, figure majeure de l’abstraction géométrique.

François Morellet, Portrait, 2007 (c) Archives Morellet

« Les œuvres d’art sont des coins à pique-nique, des auberges espagnoles où l’on consomme ce que l’on apporte soi-même », formulait non sans humour François Morellet en 1971 dans un texte (1) spécialement concocté « pour les amateurs éclairés de l’art moderne ».

Organisée avec l’Estate Morellet et la galerie parisienne Kamel Mennour, l’exposition François Morellet nous embarque dans un royaume qui s’organise autour de règles de jeu associant simplicité, rigueur, austérité et malice. Membre fondateur en 1960 du fameux Groupe de recherche d’art visuel (GRAV), François Morellet envisage à ses débuts un mode de production artistique dont la ligne de conduite se caractérise par la volonté de réduire au minimum les interventions subjectives de l’artiste. Pour ce faire, ce natif de Cholet (2) met en place différents systèmes, protocoles et contraintes préétablis qu’il associe à des formes simples : cercle, triangle, carré, ligne, angle droit. Souvent indiquées dans les titres des œuvres, ces règles consistent par exemple à répartir des éléments sur une surface selon un principe emprunté à un jeu de société (la bataille navale) ou à déployer les décimales de Pi en leur attachant une traduction angulaire.

Imaginé par Didier Arnaudet, commissaire de l’exposition et critique d’art, le parcours rétrospectif se déploie autour d’une dizaine de pièces des années 1950 jusqu’aux années 2000 avec, pour les plus récentes : Trop plein n°1 datée de 2013 ou Faut le fer n°1 réalisée en 2015, l’année précédant sa mort.

Au centre d’art Chasse-Spleen se côtoient aussi de vastes formats rigoureusement carrés, où répétitions de tirets et de trames enfantent des perceptions psychédéliques. Encore, des lignes de néon brisées semblables à un accordéon disloqué. Également, deux lignes de ruban adhésif qui métamorphosent graduellement la lettre V en A. L’ensemble dévoile les facettes importantes d’une œuvre qui célèbre avec une vitalité contagieuse les interférences et les perturbations. En somme : les mariages entre l’ordre et le désordre avec une appétissante et subtile légèreté. 
Anna Maisonneuve

(1) François Morellet, « Du spectateur au spectateur ou l’art de déballer son pique-nique » in Mais comment taire mes commentaires, Paris, éd. École nationale supérieure des beaux-arts, 2003, p. 50-51.
(2) Où il mène de front sa carrière d’artiste international et sa profession d’entrepreneur au sein de l’usine familiale de jouets qu’il dirigera jusqu’au milieu des années 1970.

« François Morellet », jusqu’au vendredi 30 septembre
Centre d’art Chasse-Spleen, Moulis-en-Médoc (33)
www.art.chasse-spleen.com