« JE(U) AUGMENTÉ » Le CAC Meymac se plonge dans l’univers du jeu vidéo dans une exposition collective conçue par le commissaire d’origine taïwanaise Wei-Yang Lee.

En quelques décennies, le jeu vidéo est devenu une distraction aussi populaire que lucrative. Avec un chiffre d’affaires qui pèse plusieurs milliards d’euros, ce marché règne en maître sur l’industrie du divertissement. Puissance économique et phénomène de société, ce loisir de masse rencontre l’art contemporain en Haute-Corrèze sous la houlette du commissaire d’exposition indépendant Wei-Yang Lee. Ce natif de Taïwan, aujourd’hui installé à Paris, avait depuis longtemps le désir d’associer ces deux domaines : « J’ai grandi dans un environnement où le jeu vidéo était très présent. Moi-même je suis un joueur. Il y a quelque chose de très particulier avec le jeu comme pratique culturelle. Je pense qu’il a une vraie place dans l’art. J’essaie de tisser ce lien. »

Invité par Caroline Bissière, la directrice du centre d’art contemporain de Meymac avec laquelle il collabore depuis 2019, Wei-Yang Lee déploie sa proposition à l’Abbaye Saint-André. Répartie sur deux niveaux du centre d’art, l’exposition réunit sept artistes de nationalité anglaise, irlandaise, belge, française et américaine dans des installations qui croisent les interfaces classiques (avec la vidéo et le langage cinématographique) et les dispositifs interactifs (avec consoles et manettes à actionner).

Ainsi, We Are In Hell When We Hurt Each Other de Jacolby Satterwhite nous précipite dans un univers dystopique et virtuel peuplé de nymphes insoumises occupées à d’étranges rituels chamaniques. Larry Achiampong et David Blandy nous embarquent quant à eux dans l’un des opus de leur trilogie consacrée à Frantz Fanon (1925-1961), psychiatre, écrivain et référence majeure des études postcoloniales dont ils discutent les idées dans Grand Theft Auto (GTA) : un jeu d’action-aventure en monde ouvert qui suscite un engouement spectaculaire mais aussi de vives polémiques en raison de son caractère immoral et violent. S’emparer d’un médium pour en détourner les usages, c’est aussi ce à quoi s’attelle le collectif français One Life Remains qui aime à bousculer les règles et les conventions propres à la vidéoludique. Dans le sillage de l’art optique initié par Vasarely, leur dispositif flirtant avec le glitch art invite le joueur/spectateur à domestiquer la logique punk de leurs Jeux invertis. En contrepoint, le centre d’art et son commissaire Jean-Paul Blanchet, associent les démarches de quatre artistes (Nicolas Darrot, Alain Josseau, Florent Lamouroux et Lucien Murat) dont les œuvres de facture plus classique prolongent les réflexions politiques, critiques et esthétiques initiées plus tôt. Anna Maisonneuve

« Je(u) augmenté » et « Images d’un monde numérisé », jusqu’au dimanche 19 juin
Abbaye Saint-André – Centre d’art contemporain, Meymac (19). www.cacmeymac.fr