LES ZÉBRURES D’AUTOMNE

À Limoges, le festival des Francophonies, riche en création et résonances d’un monde francophone pluriel, donne un coup de projecteur sur les artistes du Moyen-Orient.

Un concert de Kamilya Jubran en ouverture des Zébrures d’automne donne le ton d’une édition plus orientale qu’à l’accoutumée. Oudiste palestinienne, chanteuse des traditions comme du contemporain, porteuse d’oralité et de langues-dialectes, elle incarne à la perfection ce monde artistique oriental balayé par mille influences, loin de tout européocentrisme.

Pour ce programme inédit intitulé « Malek », elle s’associe au jazz frondeur de la contrebassiste Sarah Murcia, enlaçant poésie et improvisation, swing et chants anciens, en compagnie de l’Orchestre régional de Normandie.

Cette année Hassane Kassi Kouyaté, le directeur des Zébrures, a voulu pousser un peu plus loin vers l’est son curseur de programmateur.
La sélection musicale reflète à elle seule cet état d’esprit cosmopolite, avec la chanteuse Liraz, Israélienne d’origine iranienne, qui chante en farsi une pop vintage, mais aussi la Libanaise Youmna Saba, chercheuse insatiable de ponts entre l’expérimentation la plus radicale et la tradition chantée orientale, ou le groupe Talawine emmené par Hassan Abd Alrahman, oudiste syrien d’exception.

Comme quoi la francophonie peut s’entendre au-delà des attendus belges, africains, suisses ou québécois. Ainsi, dans la programmation théâtrale, l’écrivaine Hala Moughanie, dramaturge libanaise, choisit le français pour La mer est ma nation, sa deuxième pièce lauréate du prix du Quartier des auteurs du Tarmac 2018. Mise en scène par Imad Assaf, Libanais ayant grandi au Cameroun et vivant en France, elle dévoile un couple aux prises avec les questions d’identité et de territoire, d’exil et de déracinement.

La Syrie constitue le personnage principal de Loin de Damas d’Omar Youssef Souleimane, projet poético-musical programmé à Périgueux en partenariat avec le festival Orizon. Depuis les ruines d’un pays ravagé surgit la poésie d’un artiste aujourd’hui réfugié en France, loin de tout misérabilisme.

De guerre, il sera aussi question dans Chaos, de l’auteure et metteuse en scène suisse Valentine Sergo, qui ne situe jamais précisément son action. Tout juste sait-on qu’Hayat quitte un pays oriental en guerre pour gagner l’Occident.

Une autre femme viendra hanter les Zébrures : Shéhérazade. Elle
nous revient lors de la Nuit francophone à travers la voix de la famille Darwiche (Jihad le père, Najoua et Layla, les filles), artistes issues d’une longue lignée de conteurs libanais. Dans leurs bouches, Les Mille et Une Nuits oscillent et se font atemporelles. Ou comment les histoires d’une femme du viiie siècle peuvent encore rencontrer nos sociétés contemporaines.

Stéphanie Pichon

Les Zébrures d’automne,
du mercredi 22 septembre au samedi 2 octobre, Limoges (87). www.lesfrancophonies.fr

Kamilya Joubran et Sarah Murcia ©Marc Domage