LE FAB

Imaginé comme une grande fête de retrouvailles entre artistes et public, le rendez-vous automnal a dû adapter son format aux contraintes de la crise sanitaire. Au moment de boucler le journal, le Festival international des Arts de Bordeaux Métropole tient tête à la pandémie, combatif et impatient.

Certes, le plan initial a été une nouvelle fois revu, le côté festif du QG espéré à Pola a du plomb dans l’aile et les artistes internationaux risquent la quarantaine en revenant chez eux après les représentations données à Bordeaux. Mais le FAB ne s’avoue pas vaincu. Parce que, dans la tempête que traversent les artistes qui n’ont, certains, pas joué depuis des mois, il est plus que jamais nécessaire de les soutenir, la ligne de vie du FAB reste bien accrochée. « Le but, explique Pascal Servera, directeur des productions, est d’adapter : soit de remplacer, soit de reporter les spectacles, mais dans aucun cas annuler. Pendus aux informations des consulats et ambassades, on essaie de maintenir au maximum la dimension internationale malgré le risque d’annulation des tournées coordonnées en Europe avec d’autres structures culturelles. »

International
À commencer par les tournées des compagnies inscrites dans le cadre de la saison culturelle Africa 2020. Le FAB a choisi de maintenir son invitation. Pour ne pas fragiliser davantage des artistes africains ou brésiliens déjà peu soutenus dans leur pays.
C’est à La Manufacture-CDCN que l’on pourra découvrir les pièces de danse les plus intéressantes de cette édition : dans le duo WAX, le Malien Tidiani N’Diaye parle d’appropriation culturelle. La Kenyane Wanjiru Kamuyu donne corps et voix aux voyages et migrations (An Immigrant’s Story). Et Trottoir, pièce de groupe pour six danseurs du Brésilien Volmir Cordeiro, nous invite à une explosion joyeuse et masquée, un débordement d’énergie communicatif et diablement enjoué.
Saint-Médard-en-Jalles prendra des airs de maquis d’Abidjan avec les danseurs de coupé-décalé de Faro-Faro. Eux ont eu la chance d’obtenir leurs visas, contrairement à Marina Otero, irrévérencieuse performeuse argentine : ses 200 Golpes de Jamón Serrano attendront l’an prochain pour être dégustées.

Locavore
« Il était nécessaire d’être en soutien pour les compagnies de la région, qui se sont parfois trouvées dans un sentiment d’abandon total », ajoute Pascal Servera. En partenariat avec le festival Chahuts et l’OARA, le FAB propose des créations toutes neuves (Façade de Bougrelas, Crépuscule d’Auguste-Bienvenue et Tout dépend du nombre de vaches d’Uz et Coutumes), des étapes de création (Crypsum et le Denisyak) et de très belles valeurs sûres de l’espace public, que ce soit le très participatif Panique olympique d’Agnès Pelletier, la Symphonie pour klaxons et essuie-glaces de Jérôme Rouger ou encore la programmation réalisée au Garage Moderne, l’un des tout nouveaux partenaires du FAB (Le Grand 49.9 et les Attractions foraines). Sans oublier l’adaptation de l’hilarante BD Zaï Zaï Zaï Zaï de FabCaro.

Vrai ou faux ?
Malmené par la crise sanitaire, le thème des fake news imaginé au départ a fondu comme le permafrost au soleil de la crise sanitaire. Demeurent deux projets singuliers à ne pas manquer : The Mountain des Catalans d’Agrupación Señor Serrano, et Every word was once an animal de la compagnie belge Ontroerend Goed. Les premiers fabriquent des fake news de toutes pièces et en suivent la circulation avec un Vladimir Poutine en guest star (mais garanti sans Novitchok). Les seconds inventent un spectacle génial qui interroge notre capacité de discernement. Nos sens nous jouent des tours. En revanche, ce qui ne fait aucun doute, c’est que le FAB fait tout pour vous revoir : projets auxquels participer, spectacles en partie gratuits, parcours rigolos et navettes pour rejoindre les salles de la métropole.

Henriette Peplez