OKLOU Son passage à Blonde Venus est peut-être la dernière occasion de voir dans un petit lieu cette chanteuse-productrice-pianiste, qui donne de la grâce à l’autotune et aux machines. Avant que son talent, salué notamment par les Anglais de Nuxxe, ne l’appelle un peu plus haut.

Propos recueillis par Christophe Loubès

OKLou est-elle la Billie Eilish française ? À défaut de la juvénilité (huit ans d’activité sous son nom quand même), cette Pictave partage les mêmes atmosphères délicates et graves. Avec, chez elle, des effets sonores aériens, du field recording et une utilisation décomplexée de l’autotune, En fait, pas complexée du tout… De quoi voir en OKLou une figure leftfield pop ; cette pop à base d’électronique, qui inspecte les recoins du genre et dont le producteur irlandais Sega Bodega et le label anglais Nuxxe sont parmi les principaux chantres. La chanteuse-productrice-pianiste-violoncelliste y a sorti un épatant EP, The Rite of May, en 2018. Un an plus tard, on la croisait au FIFIB. Or, c’est bien l’i.Boat qui l’avait accueillie le premier, dès 2016. OKLou y retourne le 19 février. Enfin, au Blonde Venus.

Vous avez une formation classique. En quoi est-ce que cela se retrouve dans votre musique ?
De plein de manières, plus ou moins perceptibles, mais le mot « classique » n’est pas méga important. Ce qui compte, c’est plutôt la formation musicale, une approche académique de la musique, un apprentissage méthodique et une lecture très cadrée des oeuvres. Cela a ses défauts et ses qualités lorsqu’on veut créer sa propre musique. On a parfois des schémas trop précis en tête. Si on a envie de les suivre, c’est bien. Si l’on veut s’en émanciper, ça peut être plus fastidieux. J’essaye de trouver un équilibre entre les deux.

Comment composez-vous ? On a l’impression que le chant, la mélodie, le texte sont la partie finale d’une architecture qui commence par le son…
Tout est travail du son. Mais, en général, l’apport de la voix arrive à mi-processus. Je commence toujours par improviser au clavier, m’intéresser à sa texture, vibrer des heures pour bien m’assurer qu’on s’entend bien lui et moi. Puis, je démarre le côté écriture plus en profondeur, avec les voix et les autres éléments.

L’autotune, c’est quoi pour vous ? Une manière de corriger des notes approximatives ? De vous créer une autre identité vocale ? De prolonger avec la voix les atmosphères que vous créez sur ordi ?
C’est un peu tout ça à la fois, mais surtout une manière de ne pas limiter mes aspirations mélodiques à ma capacité vocale. Cela me libère de tout ce que je ne sais pas faire. Bien sûr ça a un impact plus qu’important sur l’esthétique, mais loin d’être hors de contrôle et très volontaire de ma part.

Les climats sonores de vos morceaux sont sophistiqués. Comment les adaptez-vous à la scène ?
On est deux musiciens sur scène, et, au niveau de l’instrumentation, de ce qui est joué ou pas, je fais mes choix en fonction des morceaux et de ce que j’ai envie d’en interpréter. Ce qui est important, c’est déterminer comment je vais réussir à faire passer le plus d’émotion aux gens. À travers quel outil, quel geste, quelle posture je peux partager au maximum.

Sur une live session publiée par Trax, on vous voit au piano à queue. Tourner dans un réseau où vous joueriez du « vrai » piano, ça pourrait être un objectif ?
Un objectif, je ne sais pas, mais cela me plairait beaucoup, oui. Le spectacle piano est prêt. J’attends les bookings.

Vous êtes originaire de Poitiers. Que cela signifie-t-il aujourd’hui pour vous ?
Cela représente hier, aujourd’hui et demain. C’est la ville où j’ai grandi, et qui m’a apporté plein de belles choses.

OKlou,
vendredi 18 février, 19h30,
Blonde Venus, Bordeaux (33).
iboat.eu