LES NUITS MAGIQUES – Pour sa 30e édition, le festival international du film d’animation rend hommage à René Laloux (parrain de la première édition) et Michel Ocelot (parrain du cinéma Le Festival, à Bègles, où se déroule la manifestation, et grand habitué), donne une carte blanche à la société de production bordelaise Marmita Films et propose une masterclass de Bruno Collet. Rencontre avec son fondateur, Fabrice de la Rosa.
Propos recueillis par François Justamente

Quel a été votre parcours dans le cinéma d’animation ?
Je suis fan du cinéma d’animation depuis l’âge de 10 ans. J’ai toujours voulu en faire. Même en faisant des études de sciences économiques, qui n’avaient rien à voir, j’ai toujours tourné des films d’animation en Super 8, dont un est passé à la télévision, sur Antenne 2 à l’époque. Ensuite, j’ai été « jeune volontaire » chez Marlou Films, un studio d’animation de Bordeaux. J’y ai travaillé pendant plusieurs années comme animateur sur des séries TV et des courts métrages. Puis j’ai monté ma propre structure, Flip Book, avec Alexis Madrid, alors professeur d’animation à l’école d’Angoulême. Enfin, j’ai voulu montrer la diversité du cinéma d’animation que j’avais vraiment découvert au festival d’Annecy.

Constatant que les circuits de cinémas n’en diffusaient pas ou très peu, j’ai donc créé Les Nuits magiques. Parallèlement, j’ai réalisé six courts métrages d’animation, trois pour adultes et trois pour enfants, dont certains sont encore actuellement distribués. J’ai aussi été distributeur de films d’animation et auteur d’un livre, Le cinéma d’animation facile. Bien sûr, un de mes derniers rêves était d’avoir un lieu consacré à l’image par image, au cinéma d’animation et aux effets spéciaux, où nous nous trouvons actuellement.

Quel est l’histoire de ce festival ?

On a commencé à Pessac, pendant six ans, à l’époque où François Aymé reprenait le cinéma et la mairie impulsait pas mal de manifestations pour soutenir ce nouveau Jean Eustache. Puis, nous avons fait une année à Bordeaux ; une catastrophe car la Ville ne nous a pas du tout aidés ! Nous sommes alors venus à Bègles, où nous avons dû tout recommencer, très modestement. Et comme avant, nous faisions des projections des Nuits magiques, parfois des ateliers, dans d’autres villes du département durant l’année. L’association Flip Book, dont je suis le responsable, a repris le cinéma Le Festival depuis 13 ans. Il était donc naturel que Les Nuits magiques en soient le temps fort de l’année. La fréquentation oscille entre 13 et 15 000 spectateurs, avec un budget très modeste, financé à 60 % par les entrées. En 30 ans, il y a eu une année d’interruption, je ne me souviens plus trop pourquoi, et l’édition 2020 a été reportée à ce mois de décembre à cause de la Covid-19.

“Je trouve intéressant de passer d’un univers à un autre toutes les 5 à 10 minutes.”

En trente ans, comment le festival a-t-il évolué ?

Dans la manifestation elle-même, il n’y a pas eu d’évolution. Mon truc a toujours été de faire une compétition internationale de courts métrages d’animation. Tous les prix, qui sont financiers, sont attribués par le public. Ce qui est intéressant, c’est que tous les films ont des votes, certains peu, d’autres beaucoup, mais tous en ont. Il y a quatre programmes internationaux pour ados et adultes avec des thématiques propres, très sérieuses, sociales, avec aussi de l’humour, du fantastique, et un pour jeune public (7-11 ans). C’est très important pour moi de montrer que le cinéma d’animation n’est pas que pour les enfants. Le vote s’effectue avec un bulletin remis en début de séance, le public coche le ou les deux films qu’il a préférés.

Petit changement, on va voir cette année s’il vote pour un ou deux films car, contrairement aux années précédentes où l’on faisait des séances thématiques (un programme humour, un fantastique, etc.), pour cette 30e édition, place aux mélanges ! Même si le public aime bien savoir ce qu’il va voir, moi j’apprécie bien les mélanges, Moutons, loup et tasse de thé de Marion Lacourt faut être curieux. Et je trouve intéressant de passer d’un univers à un autre toutes les 5 à 10 minutes.

Avez-vous des anecdotes mémorables sur ces 30 ans de Nuits magiques ?

On avait invité une réalisatrice et plasticienne chinoise, j’avoue ne plus me souvenir de son nom, qui avait fait une sélection de courts métrages chinois très graphiques et plutôt pour adultes. Lors de la rencontre avec le public, cette réalisatrice, qui faisait partie du sérail, évitait de répondre aux questions un peu « politiques » par de sacrées contorsions. J’avais trouvé ça assez amusant et c’était assez exceptionnel d’avoir cette invitée. C’est un moment dont je me souviens bien, mais on a fait tellement de choses…

Les Nuits magiques, festival international du film d’animation,
Du mercredi 1er au dimanche 12 décembre,
Cinéma Le Festival, Bègles (33). www.lesnuitsmagiques.fr