POITIERS FILM FESTIVAL

Avec 41 courts et 5 longs, et une trentaine de pays représentés – dont pour la première fois, l’Algérie, le Kirghizistan et le Venezuela –, la 43e édition de la manifestation pictavienne s’annonce très féminine. Rencontre avec Camille Sanz qui, après un master en études cinématographiques sur le cinéma argentin (avec un mémoire sur la réalisatrice Lucrecia Martel), assure la coordination générale de l’événement.

Propos recueillis par François Justamente

Quel est votre rôle au sein du festival ?
Superviser l’organisation de la manifestation. Tout commence à l’inscription des films : voir les films, piloter les comités de sélection. C’est aussi beaucoup de relations publiques avec des institutions, des interlocuteurs à l’international, des écoles, des partenaires sur des prix par exemple, ou des partenaires culturels. J’ai aussi un travail de constitution de grilles, j’organise le déroulé de la semaine. Je dois avoir une connaissance exhaustive de la manifestation et de ce qu’il va s’y passer pour pouvoir répondre à tous les besoins.

Avec la situation sanitaire actuelle, avez-vous envisagé de faire le festival en ligne ?
Cela nous a traversé l’esprit, mais pour passer en version numérique, il faudrait que l’on se retrouve dans des situations où l’on ne peut plus accueillir de gens en salles. On croise encore les doigts pour que ce ne soit pas le cas. On l’a toujours en tête au cas où on devrait l’organiser à la dernière minute. C’est compliqué car il y a une multitude d’ayants droit : ce n’est pas la même chose pour des réalisateurs ou des écoles de cinéma que pour les distributeurs de diffuser un film en ligne. On essaye malgré les distanciations sociales de créer du rapprochement et des rencontres. On tient à nos projections.

Quel est le programme de l’édition 2020, dans ses grandes lignes ?
Nous avons une programmation publique composée de quatre entrées. La sélection internationale est essentiellement dédiée aux films d’écoles de cinéma, avec des courts et des longs métrages. En ce qui concerne les longs métrages, il s’agit de films d’écoles ainsi que de premiers films de réalisateurs passés par chez nous. Notre souhait est que le PFF se situe toujours sur le tremplin entre l’école et le monde professionnel. Nous avons un focus consacré chaque année à une partie du monde. Cette année, c’est le continent africain en entier car la manifestation est inscrite dans la saison Afrique 2020 de l’Institut français. On s’est plus particulièrement intéressé aux cinéastes africaines, avec un focus exclusivement féminin. On a des réalisatrices qui viennent du Burkina Faso, d’Algérie, d’Afrique du Sud, du Maroc, et notre challenge à l’heure actuelle, avec la fermeture des frontières, est d’arriver à les faire assister au festival. Ce sont des réalisatrices qui sont déjà reconnues confirmées, mais nous faisons également venir des étudiantes en cinéma, rencontrées par le biais d’ateliers et d’écoles. La troisième entrée, ce sont les masterclass. Elles ont pour objectif de faire découvrir au grand public des métiers, des oeuvres, des cinéastes. Cette année, le fil rouge est le western. On travaille autour du film d’animation Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé, sorti en octobre. Enfin, la dernière entrée est les séances spéciales : d’ouverture, de clôture, les avant-premières, des séances de courts métrages français (So French), régionaux, pour les enfants, et des séances avec nos partenaires. Il y a enfin un volet professionnel avec des ateliers d’aide à l’écriture du scénario sur des courts métrages pour le programme régional, et sur des longs métrages pour le programme international.

Quelles écoles, à l’international, conseillez-vous, et quelles sont leurs spécificités ?
Il y a trois écoles qui reviennent chaque année pour la grande qualité de leurs productions. Tout d’abord, la NFTS (National Film and Television School), dans les faubourgs de Londres, qui fait du documentaire, de l’animation et de la fiction. Ils choisissent des étudiants au profil d’artistes, qui ont des choses à raconter, et une envie d’expérimenter formellement. Il en sort toujours des films incroyables. La Fanon, qui est une très grande école tchèque, fait aussi de l’animation, de la fiction et du documentaire et chaque année on essaye de ne pas prendre trop de films de chez eux. Enfin, la Lodge Film School, en Pologne, avec des films souvent difficiles et avec une remarquable direction d’acteur. Ces écoles ont un encadrement pédagogique qui a vocation à la fois à créer un cocon avec des dispositions matérielles qui vont permettre aux jeunes artistes d’avoir le confort pour créer et, en même temps, à ne pas enclaver, à ne pas enfermer l’étudiant dans un mode de pensée et donc, à favoriser vraiment la création personnelle, à ne pas faire juste des techniciens. Ils forment des cinéastes.

Poitiers Film Festival,
du 27 novembre au 4 décembre,
Poitiers (86).
poitiersfilmfestival.com