LIRE À LIMOGES – Du 13 au 15 mai, Douglas Kennedy supervisera la nouvelle édition de l’événement littéraire qui se tient dans la capitale limousine. Installé depuis quelques années dans le cœur cool de Berlin, du côté du Prenzlauer Berg, l’écrivain a accepté de bonne grâce de nous parler de son dernier opus, de son rôle de président et de ce qu’il attend de ce salon créé en 1984. 
Propos recueillis par Henry Clemens

Comment se glisse-t-on dans la peau d’un président de salon littéraire ?

Je précise tout de suite que je ne le fais pas pour la gloire (rire). Malgré mes vingt-cinq livres et le succès rencontré, je reste modeste. La vérité avec l’écriture, c’est qu’on commence, on termine et qu’on recommence ! Chaque nouveau roman se fait ainsi et si jamais on croit un jour qu’on est devenu un grand écrivain, c’est une catastrophe ! Je suis bien entendu très honoré d’être président de Lire à Limoges et pour répondre à votre question : je vais venir comme je suis, en Douglas.

Qu’attendez-vous de ce moment ?

Il s’agira de mon premier salon littéraire après le confinement et, pour être honnête, c’est une des choses les plus importantes pour moi ! La vérité, c’est qu’avec mon nouveau roman – Les hommes ont peur de la lumière (Belfond) – j’ai très envie de revenir dans des salons, de rencontrer mes lectrices et mes lecteurs car globalement je passais deux années, seul avec ce livre. À la sortie d’un roman, on a juste envie d’aller à la rencontre du monde entier. Les salons sont essentiels pour ça, mais également pour les instants partagés avec les autres auteures et auteurs. En juin 2021, au cœur de la pandémie, j’ai promu mon avant-dernier roman via Zoom et il n’y a pas photo, je préfère les vraies rencontres !

Vous entretenez une relation forte avec le lectorat français…

Les Français ont bon goût (rire) ! Je suis un écrivain « littéraire » qui possède un très large public. Mes livres traitent des inquiétudes modernes. Je raconte des histoires avec un point de vue humaniste et philosophique. J’ai trouvé un public français qui aime mon point de vue ! J’aime bien rappeler que des professeurs de Sciences Po à Paris lisent mes romans mais également ma concierge. J’ajoute que je n’ai jamais écrit le même roman, bien que j’aie des thèmes constants. Il y a un grand gouffre entre Piège nuptial par exemple et Les hommes ont peur de la lumière.

Justement, parlez-nous de votre dernier opus…

…J’ai voulu écrire un roman noir qui plonge ses racines dans l’actualité. L’action se passe à Los Angeles. J’y décris un Los Angeles sans piscine, ans plage, une ville de trafic routier intense ! Le narrateur est un chauffeur Uber d’une cinquantaine d’années, licencié de son poste de commercial, qui vit une relation maritale à bout de souffle. Un homme de la classe moyenne broyé par le système, très proche de sa fille progressiste et beaucoup plus éloigné de sa femme, catholique et puritaine. Au-delà du sujet de l’avortement, ce roman pose la question de nos positions irréconciliables. Des divisions qui apparaissent dans tous les pays à l’instar des débats politiques où les gens campent sur leur position sans nuance, croyant détenir la vérité.

« À la sortie d’un roman, on a juste envie d’aller à la rencontre du monde entier. »

Il y a une vraie tension psychologique, diriez-vous que c’est votre marque de fabrique ?

Oui et non. Mes sujets sont toujours en relation avec les inquiétudes contemporaines ! On peut le lire comme un roman noir dans lequel je soulève des questions tout en disant également qu’il n’y a pas une vérité ! Lors d’un voyage dans le sud des États-Unis, je portais un t-shirt sur lequel il était écrit : « aucune idée » ! Il me semble que c’est un bon principe de base pour un écrivain !

Connaissez-vous Limoges ?

Je me suis déjà rendu à Limoges, même si je ne suis pas un amateur d’assiettes en porcelaine. J’aurai trois jours pour la découvrir. Je m’en réjouis d’avance !

Les hommes ont peur de la lumière, éditions Belfond (5 mai 2022)

Lire à Limoges,
Du vendredi 13 au dimanche 15 mai, Champ de Juillet, Limoges (87)
lire.limoges.fr

EN MARGE DU SALON : VINS NOIRS, RENCONTRE, POLAR ET VIN
Organisé par la librairie Page et Plume, Vins noirs a lieu chaque année, quelques semaines après Lire à Limoges. En 2021, 25 auteurs de polars et 10 vignerons étaient présents au Salon.
Samedi 11 juin, place de la Motte, Limoges (87)