MATTH VELVET

Au Pavillon de la Boétie, de l’Institut culturel Bernard Magrez, il succède à Rouge avec un ensemble d’oeuvres, elles aussi réalisées dans le cadre de la résidence street art lancée en 2019.

« Initialement, je suis designer industriel », explique Matthieu Pommier (1986-…) alias Matth Velvet. Ne trouvant que peu de sens dans la production de masse des objets dont il déterminait les propriétés formelles, il se réinvente dans une autre voie. Celle de l’art et du street art en particulier qu’il entame au début des années 2000 à Nantes. 

On retrouve ses fresques murales signées en solo ou en duo à Paris, Biarritz, Bilbao, Le Havre, Ostende, Seattle, dans les Asturies, à Granollers en Catalogne comme encore dans un parking souterrain de Saint-Gervais. 

À Nantes, en compagnie de son acolyte Zoerism, Velvet enveloppe la silhouette d’un bateau avec un camouflage disruptif inspiré du Razzle Dazzle, une technique très en vogue dans la dernière année de la Première Guerre mondiale pour protéger les navires des tirs d’artillerie et de torpilles par l’utilisation de motifs géométriques et abstraits.

Entre-temps, ce natif de La Roche-sur-Yon a troqué l’aérosol pour la peinture acrylique ou l’huile, et poussé ses interventions urbaines spontanées à Bordeaux où il a récemment élu domicile. 

Invité en résidence à l’Institut culturel Bernard Magrez, Matth Velvet restitue le fruit de ses recherches picturales menées durant trois mois dans une exposition qui prend place au Pavillon de la Boétie. Sur ses toiles dominées par une gamme chromatique réduite (teintes de bleus, jaunes, oranges) se bousculent voitures téléguidées de son enfance et symbole éculé de la réussite (Porsche), pastiches de plastique, fauteuils aux lignes épurées, miniatures, vaisselle, tables, chaises, balançoires, luminaires, arrosoirs et pots de fleurs. Le tout parfois empilé dans une forme d’entassement anarchique digne du syndrome de Diogène. 

Ainsi, même si l’artiste a tourné la page du design industriel, sa fascination pour les objets demeure, mais dans une ambivalence féconde. Cette dernière se partage entre la qualité esthétique, la sincérité kitsch éprouvée à leur égard et leur modalité de production standardisée, imprégnée de normes et de désirs gigognes déterminés par la société de consommation. 

Cette ambiguïté se résume dans l’intitulé de l’exposition « Standard Club », « en référence au standard matériel occidental auquel on souhaite accéder », explique Matth Velvet. « Les biens matériels ont un caractère volatile, éphémère, et en même temps on leur porte de l’attachement, ils nous rappellent des souvenirs. » Entre légèreté et mélancolie, gravité et humour, son « Standard Club » nous invite à poursuivre nos réflexions sur le rapport existentiel que nous entretenons avec les choses comme notre propension à les accumuler le plus souvent de manière insouciante.

Anna Maisonneuve

« Standard Club », Matth Velvet,
jusqu’au samedi 22 mars,
Pavillon de la Boétie, Institut culturel Bernard Magrez, Bordeaux (33).
www.institut-bernard-magrez.com