TÊTES RAIDES – Trente-cinq ans plus tard, le groupe fondé par Christian Olivier reste la référence d’une chanson rock dopée au rêve et à l’énergie. Et retrouve les routes dans la foulée de Big Bang Boum, quinzième album où tout change sans se perdre. Conversation avec la tête des Têtes avant concerts néo-aquitains.
Propos recueillis par Yannick Delneste

Un concert des Têtes raides est un joyeux bordel d’embardées. De la valse acoustique à la chevauchée punk, du surréalisme à l’hymne solidaire, l’octet né à la fin des années 1980 n’a cessé de jongler avec les genres pour être là où il est le mieux : dans aucune case. Voix unique et plume toujours libre, Christian Olivier a, sept ans après le dernier opus, rassemblé la troupe pour repartir sur les routes.

Quel a été le déclic pour les retrouvailles des Têtes raides, sept ans après le dernier album Les Terriens ?

J’ai fait trois albums solo, on avait chacun nos projets, nos petites vies dispersées en France et je me suis aperçu qu’on arrivait aux 30 ans de Ginette, chanson symbole de ce qu’on est, de notre lien avec le public ; il fallait qu’il se passe un truc avec Têtes raides. Le « oui » a été unanime, pour une tournée- anniversaire mais aussi un disque. Je n’y serais pas allé sans une nouvelle proposition. La tournée a été décalée par le Covid. Aujourd’hui, le concert est fait des nouvelles chansons mais Ginette est là pour dire : « Ho, j’ai toujours 30 ans hein ! » Bon, elle en a 32, en fait.

De nombreuses réflexions d’après-Covid se trouvent dans cet album, écrit pourtant avant l’épidémie…

Le rapport entre les êtres, la solidarité et les combats ont toujours été au cœur de mon écriture, alors forcément… Le monde d’avant suintait déjà de ces aspirations. Le Covid a mis en exergue des problèmes déjà latents, les compteurs ont juste explosé. Retrouver du sens, du contact, de l’humain : ce n’est pas nouveau. Et faire des propositions pour voir la vie différemment.

« Chaque mot est une recherche précise avec une grande ouverture. Les possibles sont infinis, le jeu aussi. »

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous tient en haleine, en espoir ?

L’écriture bien sûr mais aussi des choses très simples comme partager avec les gens, les détails de la vie, un sentiment qui passe. La vie est un combat, quoi qu’il arrive. Dans cette période de régression, maintenir et défendre l’énergie, les valeurs auxquelles on croit. Depuis le départ, je n’ai pas besoin de parler de cet engagement : il est dans les chansons.

Quand on a fait Avis de KO social, en 2002, lorsque Le Pen est arrivé au deuxième tour de la présidentielle, comment regarde- t-on les 89 députés d’extrême droite à l’Assemblée nationale ?

La nausée, déjà. Et maintenant, comment faire ? On l’a vu venir de loin, ça se précise, les places sont prises sans que la rue ne s’en émeuve. Flippant. Or, je sens un terreau dans la jeunesse qui laisse de l’espoir : il n’a pas encore éclaté, il se développe sur d’autres thématiques plus sociétales, mais il est là. Et nous, on continue à chanter Que Paris est beau quand chantent les oiseaux / Que Paris est laid quand il se croit français.

TETES RAIDES©FRED CHAPOTAT

Pourquoi avoir sollicité Édith Fambuena (Bashung, Higelin, Thiéfaine…) pour la production ?

Pour avoir un regard extérieur chez des Têtes raides qui se connaissent parfois trop bien, chez moi aussi qui, une fois derrière le micro, ai moins de recul. Garder le son Têtes raides, mais l’ouvrir à des sons, des textures et des rythmes un peu différents. Édith est une passionnante et communicative chercheuse de matières, très curieuse sur le bon côté des machines pour trouver le bon groove.

L’écriture ?

Je me mets à table chaque jour. Pour quelques mots ou plus. Je sais le vrai sujet de la chanson quand elle est finie. Chaque mot est une recherche précise avec une grande ouverture. Les possibles sont infinis, le jeu aussi. Quand ça prend forme, il faut que je le chante alors la mélodie vient et j’arrive devant le groupe avec une petite maquette. Chacun met son grain de sel dans les arrangements.

Les 8 musiciens d’aujourd’hui sont-ils ceux des débuts ?

Pas exactement : trois étaient là avec moi dès la fin des années 1980 et le reste est arrivé au fil des années 1990. On est quand même sur le Têtes raides préhistorique !

Où en est votre projet musical sur les poètes russes de la Révolution ?

Le premier poète russe que j’ai lu a été Maïakovski, puis Alexandre Blok qui a écrit un grand poème sur la révolution : Les Douze. J’ai tiré le fil avec Marina Tsvetaïeva, et les autres… La rencontre avec le traducteur André Markowicz a été déterminante : il m’a amené à traduire du russe en français alors que je ne parle pas russe ! Le bouquin est sorti, le disque (Le ça et le ça) arrive : du parlé-chanté sur un mélange de machines et d’acoustique travaillé aussi avec Édith pour des morceaux qui pourraient avoir été écrits hier. Un nouvel album de Christian Olivier avec toujours le même credo : populariser la poésie, qu’elle soit partout !

Têtes Raides
Mercredi 28 septembre, 20h30, Le Pin galant, Mérignac (33)
www.lepingalant.com

Vendredi 14 octobre, 20h30, espace culturel du Crouzy, Boisseuil (87)
www.boisseuil87.fr