CORPS & SPORT

Produite par la Cité des sciences et de l’industrie, cette exposition hautement interactive invite la tête et les jambes pour la première fois en région dans le gymnase de Cap Sciences.

Initiée telle une mise en bouche (version sucres lents) de Paris 2024, « Corps et sport » ambitionne d’ausculter la sportivisation des moeurs à l’oeuvre depuis les premiers Jeux olympiques modernes, en 1896, à Athènes.
Le développement des pratiques collectives comme individuelles, l’essor des comités et des fédérations, l’emprise du politique (dès 1936 à Berlin), la révolution du fitness, le spectacle universel des grandes compétitions (Coupe du monde de football, Tour de France), autant de facteurs expliquant la prégnance du sport dans toutes les sociétés. Pour autant, ce que l’on constate — le corps modelé par le sport ; le sport comme laboratoire expérimental pour la recherche scientifique et technique —, y compris la notion de dépassement de soi apparue avec la Renaissance, se heurte désormais aux limites physiologiques de l’être humain pour des raisons internes (la taille) et externes (le dérèglement climatique).


Sombre constat en apparence seulement, car le prisme de l’effort physique pose de réelles questions morales : s’accomplir ou se dépasser ? Pour la philosophe Isabelle Queval, « l’Antiquité prônait un dépassement pour atteindre le statut de demi-dieu alors qu’aujourd’hui, on ne vise que la perfectibilité jusque dans la transgression, ce qui constitue désormais un outrage à l’encontre de la Nature car on souhaite atteindre l’infini ». Cependant, cette soif de dépassement de soi n’est pas l’apanage du sport de haut niveau. Il est notamment cet indéniable moteur unissant handicapés et valides.
Plus concrètement, le sport demeure un facteur de bien-être ; l’Organisation mondiale de la Santé préconisant 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée par semaine (à moduler évidemment selon l’âge et la condition physique). Aussi, quoi de mieux que de tester ses aptitudes lors d’ateliers grandeur nature ? Et apprendre qu’au football, on ne sollicite que les muscles des membres inférieurs alors que le biathlon en sollicite 90 % ! Que l’effort extrême n’est certainement pas synonyme de record ou que l’entraînement intensif ne dispense d’hygiène de vie ni de diététique.
Alors, que faire ? Culture physique pour se maintenir ? Revenir au mano a mano sans mesure de performance ? S’adonner aux X-Games ? Si transpirer vous répugne, le parcours est malicieusement pourvu de gradins…

Marc A. Bertin

« Corps et sport »,
jusqu’au dimanche 4 septembre,
Cap Sciences, Bordeaux (33).
www.cap-sciences.net