OR NORMES

Depuis 2011, le collectif pictavien crée des spectacles transmédia, où se tutoient algorithmes et didascalies. Leurs fictions peuvent commencer dans votre chambre, se poursuivre au théâtre et se terminer dans votre médiathèque. Un mélange de distorsion du temps fictionnel et de décloisonnement total des disciplines. 

Au commencement était un duo. Christelle Derré, artiste-metteuse en scène, et Martin Rossi, artiste développeur-concepteur numérique. Rapidement, le tandem s’entoure d’une tribu d’artistes aux profils variés et complémentaires : une danseuse ; un sound designer ; un illustrateur graphiste ; quelques musiciens. Voilà le collectif au complet, prêt à s’attaquer à toute forme d’art et de format. Puis le duo socle se transforme en trio avec l’arrivée de Manon Picard, étudiante-stagiaire qui finit par poser ses valises et faire sa thèse dédiée à la littérature numérique avec le collectif. Arts et recherches travaillent alors ensemble. Oui, mais à quoi ? Exemple.

D.R

Quand la troupe hétéroclite décide de monter La Maladie de la mort de Marguerite Duras, elle décide de réaliser un court métrage, de créer des comptes Facebook aux personnages (pour que l’histoire commence d’abord sur les réseaux), d’inventer un spectacle vivant avec théâtre, musique et danse, et enfin, de créer un motel numérique. Pendant que les uns regardent la pièce en salle, les autres regardent le film dans leur motel virtuel, mais tous font ça en même temps. Des idées comme ça, Or Normes en regorge et ne cesse de créer des spectacles pour jeune public comme pour adultes, tout en inventant de nouvelles formes d’écriture. 

Leur approche des arts est si transversale qu’on pourrait croire à un groupe nomade, toujours à la recherche de nouveauté. Pourtant, Christelle semble bien attachée à son territoire. « À la base, j’étais membre de la troupe du Trèfle, une des plus anciennes de Nouvelle-Aquitaine. Quand le théâtre du Trèfle s’est arrêté, on a eu un bel accompagnement de la ville. Poitiers a une dimension humaine qui me plaît, en plus, elle est près de Paris, de Bordeaux, de Biarritz. On ne se sent jamais loin de quoi que ce soit ici. » Mais trêve de chauvinisme, revenons à nos créations. 

Le collectif développe actuellement une plateforme numérique consacrée aux smartfictions. Qu’est-ce donc ? « C’est un néologisme que j’ai créé parce que ce sont des champs encore peu investis, explique Manon, la scientifique de la bande. Ce sont des fictions à lire ou à jouer sur son smartphone. On accompagne un personnage, on suit son périple, on dialogue avec lui via une messagerie type WhatsApp. Ça se rapproche un peu du livre dont vous êtes le héros. »

Pour héberger ces smartfictions qu’ils sont en train d’inventer, le collectif a conçu une plateforme, POULP, qui annonce sur sa page d’accueil : « Interactives et multijoueur, vos lectures sont des expériences ». La plateforme prévoit aussi un espace production, pour vous guider dans la création des smartfictions que vous auriez en tête. « Notre prochaine grosse production s’appelle Shangri-La et c’est une smartfiction, annonce Christelle. Le récit est tiré d’une bande dessinée de SF de Mathieu Bablet. » Shangri-La imagine l’espèce humaine dans un futur lointain, où la Terre est devenue inhabitable, si bien que les humains ont dû se réfugier dans une station spatiale. Ils sont dirigés par Thianzhu Entreprises et vivent avec des animoïdes, mélange d’hommes et d’animaux. « Le spectateur peut choisir d’être un homme, un animal ou un animoïde, puis de rentrer dans le quotidien de la station via les réseaux sociaux. Ensuite, tous les lecteurs-personnages se rencontrent lors du concert immersif, où les planches de Mathieu Bablet surgissent sur des écrans en forme de cube, sur lesquels jouent des musiciens. Des bulles virtuelles éclatent, des phrases tournent autour des spectateurs. » Et ce n’est pas tout ! Pour ceux qui le veulent et le peuvent, la fiction est à terminer chez soi ou dans les bibliothèques équipées de casques de réalité virtuelle. 

Alors, exhaustivité des médias ou désordre absolu ? Peut-être un peu des deux. Ce qui est sûr, c’est que ce collectif-là explore le futur du théâtre et de la littérature, en prenant le numérique et les smartphones comme des outils et non une fin en soi.

Nathalie Troquereau

www.collectifornormes.fr
poulpfiction.fr

Shangri-La, en co-production avec UNANIMATION :

Scène Nationale de l’Hexagone du Meylan les 5,6 et 7  mars 2021. 

Avant -première à la SMAC de la Nef à Angoulême le 27 février 2021.

2021 au Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême. 

Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême. 

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