« je déclare
que je n’entends déshériter personne
dans ce testament
je sens mon pouls faiblir
et ne peux plus remuer les lèvres
il est temps d’en finir
avant de crever »

Dix ans après sa parution chez Léo Scheer, ce désormais classique de la poésie contemporaine renaît de ses cendres, ce qui, avouons-le, est assez ironique pour un testament. Il faut reconnaître qu’on n’a rarement vu d’adieux aussi vivants.
En bon Dr Frankenstein, Christophe Manon déterre Le Testament de Villon, rafistole ce qu’il en tire, le colle à l’époque, actualise poivrots et princesses, mais surtout le fait sien et, par ce geste, ravive toute la force du texte original tout en l’inscrivant pleinement dans son oeuvre. Le texte, très crypté, de Villon en disparaissant sous ses mots, retrouve tout son esprit sarcastique et désabusé, sa modernité. Testament apparaît pour ce qu’il est, un règlement des comptes, au sens littéral, le solde d’une vie, où, bien plus que léguer des clopinettes, il est question de faire payer cher à ceux à qui il ne doit rien.
L’apport de cette réédition au Dernier Télégramme est double. Le texte se trouve accompagné d’une part d’illustrations d’Anne Van der Linden et, d’autre part, d’un CD dans lequel l’auteur, retrouvant la dimension orale médiévale, lit ce Testament dans son intégralité. C’est un apport essentiel. La diction particulière du poète, parfaitement reconnaissable à ses délicates hachures du vers, montre à quel point ce palimpseste se révèle la pierre angulaire de son oeuvre, annonçant sur bien des points son récent Pâture de vent.

Julien d’Abrigeon

Testament (d’après François Villon)
Christophe Manon

Dernier Télégramme