L’Apprentie a la spécificité d’être une maison d’édition animée par des étudiants en Licence Pro du pôle Métiers du livre de l’IUT Bordeaux Montaigne. Après le lancement d’un premier titre — Xingu — en 2019, la promotion de cette année a profité à plein de ce terrain de jeu pour lancer simultanément plusieurs projets éditoriaux… et les mener à terme. Une gageure puisqu’aux difficultés inhérentes du métier, s’est ajouté l’impact brutal du Covid-19, qui a fragilisé toute la filière livre. Propos recueillis par Nicolas Trespallé

Après Xingu, publié en 2019, la nouvelle promotion de Licence pro a mis en chantier pas moins de trois titres avec une ouverture vers le policier. Pourquoi ce choix ? Ne craigniez-vous pas de multiplier les difficultés par 3 ?

Cette année, nous sommes une promotion de quinze étudiants. Nous avons donc fait le choix de nous répartir le travail en trois groupes et de publier chacun un livre. C’est un véritable défi et une opportunité de nous former davantage au métier d’éditeur, grâce à la mise en application de toutes les connaissances acquises durant nos années d’étude. Quant à l’ouverture vers le policier, c’est un genre riche offrant une multitude de possibilités. En outre, après Xingu, nous avions envie de mettre en œuvre de nouveaux défis pour L’Apprentie en créant une première collection : « L’Apprentie Détective ». Enfin, le soutien de l’équipe enseignante nous a également donné confiance pour explorer de nouveaux horizons éditoriaux.

« Concevoir une collection nous a permis de mettre notre travail en commun et de forger notre esprit d’équipe. »

Chaque projet a-t-il été géré en totale autonomie ou y-a-t-il eu une forme dentraide entre vous ?

Les trois groupes ont travaillé individuellement sur leur projet. En plus des rôles respectifs attribués au sein des groupes, chacun d’entre nous a dû également assurer des rôles pour le bon fonctionnement de la maison (community manager, assistante d’édition, trésorière,…). Les forces ont été communes, notamment lorsque nous avons dû faire les fiches pub ou les argumentaires par exemple. Il était parfois plus simple qu’une personne centralise une tâche pour gagner en unité et harmonie visuelle. 

Concevoir une collection nous a permis de mettre notre travail en commun et de forger notre esprit d’équipe. Il n’a pas toujours été simple de faire des compromis, néanmoins, nous avons passé outre cet obstacle pour obtenir le résultat le plus professionnel possible.

Vous avez vécu une année scolaire particulière frappée de plein fouet par la crise sanitaire liée au Covid-19. Comment avez-vous vécu cette situation inédite ? Avez-vous été contraint de modifier votre organisation et votre planning de publication, vis-à-vis des imprimeurs notamment ou de repenser votre stratégie commerciale ?  

Durant cette période exceptionnelle, nous étions répartis aux quatre coins de la France ; ce qui n’a pas toujours facilité la communication entre nous. Cependant, nous avons essayé d’échanger quotidiennement sur l’avancée de nos projets grâce à l’organisation de visioconférences. Nous avons notamment dû adapter notre programme de parutions et reporter les deux ouvrages de « L’Apprentie Détective ». C’est un moment sans précédent, qui a été difficile à gérer, mais, grâce à notre détermination, nous avons pu mener à bien la publication de ces deux premiers livres. De plus, concernant Les Audacieuses, nous avons été confrontés à quelques problèmes techniques avec l’imprimeur, qui auraient pu retarder la livraison et l’acheminement de nos livres en librairies. Nous étions assez stressés par ces imprévus, toutefois, nous sommes parvenus à résoudre ce problème à temps afin de permettre à nos lecteurs de retrouver nos nouveautés en librairie le plus tôt possible.

Les perspectives, à court et moyen terme, sont peu réjouissantes. Entre des éditeurs qui ont vu fondre leur chiffre d’affaire de 20 à 40 %, ce qui occasionne des soucis de trésorerie, les faiblesses structurelles des librairies aggravées par la crise sanitaire, quel sentiment domine parmi vous avant de faire votre entrée dans le métier ?

Face à ces événements, nous sommes bien évidemment inquiets pour l’avenir. En effet, les perspectives d’insertion se voient réduites autant pour ceux espérant trouver du travail après avoir arrêté leurs études, que pour ceux souhaitant les poursuivre et réaliser des stages et apprentissages. C’est une période incertaine qui s’ouvre à nous car la création d’emplois sera très probablement faible pour les mois et années à venir. Nous avons commencé à constater ces effets dans nos lieux de stage et d’apprentissage respectifs car l’activité a considérablement diminué et les programmes de parutions ont souvent été aménagés et repensés. 

N’est-il pas temps de repenser la chaîne du livre et d’inventer un autre modèle ?

Nous constatons, encore plus aujourd’hui, que les acteurs de la chaîne du livre demeurent dépendants les uns des autres et qu’il s’agit d’un secteur fragile. En effet, au vu de ces événements, le fossé va probablement se creuser davantage entre les grandes et plus petites structures. Le monde du livre est devenu une grosse industrie, qui s’alimente par un flot de nouveautés continu. Il est donc peut-être temps de revoir ce fonctionnement et d’encourager la solidarité entre tous les acteurs du livre, en luttant par exemple contre Amazon. Cette situation peut nous permettre de réfléchir à de nouvelles problématiques, notamment écologiques grâce à la mise en place d’une taxe sur le pilon. Qui plus est, nous pourrions valoriser et privilégier le fonds des librairies et des maisons d’édition en vue d’allonger la durée de vie des livres.

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