MUSÉE GUGGENHEIM DE BILBAO – Au Pays basque, l’institution joue l’audace dans ses deux expositions estivales qui invitent une flopée d’automobiles et un dialogue inattendu entre Georges Seurat et Richard Serra.

À l’heure où le Parlement européen vient de voter la fin de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035, l’exposition actuellement présentée au musée Guggenheim de Bilbao sonne comme un requiem pour les derniers jours du moteur à combustion.

Imaginée par l’architecte Sir Norman Foster, cette dernière nous propose un voyage dans l’histoire de l’automobile à travers 38 de ses spécimens. Occupant tout le deuxième étage du musée, le parcours rétrospectif adopte une approche transversale. Dès lors, chaque salle réunit en son centre des modèles emblématiques ou rarissimes (1) et autour d’eux, une kyrielle d’œuvres (en tout 300) leur faisant écho. Croisant peinture, sculpture, architecture, photographie et cinéma, les dialogues ainsi établis mettent en perspective l’épopée automobile pour explorer une multitude de résonances et d’interactions. Lesquelles captivent Foster depuis de nombreuses années : « I have long been fascinated by the beauty of the machines of motion – from aircraft, bicycles, automobiles and locomotives to ships, space vehicles and Zeppelins. The most outstanding examples of these machines have inherent beauty. They fire my imagination in the same way that I am inspired by great works of architecture, painting and sculpture. In my view, they have an artistic dimension that derives from their capacity to move the viewer emotionally, to spark visual delight or awe. » La balade muséale démarre à la fin du xixe siècle avec une voiture semblable à une calèche… mais motorisée. À ce Benz Patent Motorwagen, daté de 1886, répondent une sérigraphie et acrylique sur toile d’Andy Warhol sur le même motif, une étude sur le mouvement de Muybridge ou encore une série de photographies signées Jacob August Riis (1849-1914) et Joseph Byron (1847-1923), qui nous plongent dans les réalités urbaines de l’époque.

Au fil du parcours se referment différents chapitres d’une saga qui croise bolides en tout genre : de la Jeep Willis à la Formule 1 en passant par un étonnant prototype de Le Corbusier, une voiture électrique datée de 1900 (Porsche Phaéton avec ses moteurs électriques intégrés aux moyeux des roues !), l’Aston Martin DB5 de James Bond, un exemplaire de la rarissime Bugatti Type 57 SC Atlantic et d’autres modèles prestigieux dont les silhouettes époustouflantes et la rareté les métamorphosent en véritables sculptures roulantes. Face à ce cortège : des œuvres signées Calder, Brancusi avec une sculpture ovoïde et aérodynamique, Edward Ruscha, Andreas Gursky, Bridget Riley, David Hockney avec Une route traversant les plaines, Dorothea Lange, Donald Judd, James Rosenquist, Vasarely (à qui on doit le logo de Renault), Jacques Henri Lartigue et bien d’autres. Cerise sur le gâteau : Nick Mason, batteur de Pink Floyd, collectionneur avisé et pilote, a prêté l’un de ses modèles (Ferrari 250 GTO) et conçu une installation sonore inédite.

Serra/Seurat

Les rencontres surprenantes sont aussi à l’honneur dans la seconde exposition temporaire qui associe deux artistes incontournables que tout semble opposer. D’une part, Georges Seurat, maître de la fin du xixe siècle, disparu prématurément à l’âge de 31 ans, qui bouleversa l’art de son temps avec l’avènement du pointillisme. De l’autre, Richard Serra, grand admirateur du précédent et figure emblématique du Guggenheim Bilbao, dont les installations se traversent de manière pérenne au rez-de-chaussée du bâtiment conçu par Frank Gehry.

Malgré les siècles qui les séparent, ces deux créateurs se retrouvent dans la pratique du dessin, figurative chez l’un, abstraite chez l’autre ; les univers graphiques de chacun sondent leurs affinités électives dans les mises en lumière du noir. 
Anna Maisonneuve

(1) Plusieurs d’entre eux sont ici présentés pour la première fois au grand public. Ils n’avaient en effet jusque-là jamais quitté les collections privées ou les institutions publiques auxquelles ils appartiennent.

« Motion. Autos, Art, Architecture », jusqu’au dimanche 18 septembre
« Serra/Seurat », jusqu’au mardi 6 septembre
Musée Guggenheim Bilbao, Espagne
www.guggenheim-bilbao.eus