À TANT RÊVER DU ROI – Le label de rock indé palois est bien identifié au niveau national, grâce à ses choix artistiques judicieux et exigeants. Également organisateur régulier de concerts, ATRDR organise la dixième édition de son festival annuel. Questions à sa tête pensante, Stéphane Sapanel.
Propos recueillis par Guillaume Gwardeath

Pouvez-vous revenir, dans les grandes lignes, sur l’histoire de votre label ?

Nous avions besoin d’une petite structure pour sortir nos disques et ceux des copains. Le label est donc né en sortant nos premières productions. Nous avons ensuite publié les albums de groupes de la région paloise dont nous nous sentions proches, et le label a pu grandir et s’étoffer avec les signatures de quelques pointures hexagonales, puis des groupes venus d’Italie, de Belgique, d’Espagne, d’Angleterre voire de Nouvelle-Zélande… Aujourd’hui, je suis très fier du catalogue et de ses groupes, avec environ 115 références. Je sors à peu près une dizaine d’albums par an. Petit à petit, ce travail de fourmi a fini par payer. Je n’aime pas les choses lisses et aseptisées, j’ai toujours voulu défendre des groupes en marge, des artistes qui avaient des choses à dire et qui étaient peu représentés dans les médias. Le choix des sorties découle souvent d’une rencontre humaine, autour de quelques bières, après avoir découvert les groupes en concert… Tout devient beaucoup plus simple quand on peut se voir en chair et en os. C’est très important pour moi avant que de s’engager sur des projets.

Quels ont été les faits marquants pour le label ?

La première sortie au format vinyle du Heavy du groupe palois Kourgane a marqué la bascule entre la production artisanale de CD et le début des pressages de 33 tours. Ensuite, il y a eu la signature des Anglais noise rock hardcore de Blacklisters, avec qui nous avons déjà travaillé sur trois albums. Idem pour La Jungle et Astaffort Mods avec déjà trois albums parus sur le label. Pour reprendre Glenn Medeiros, je dirais que « c’est un beau roman d’amitié ». Plus récemment, il y a les sorties de Cosse, W!zard ou Nastyjoe qui incarnent pour moi le renouveau de la scène rock française.

« Pour reprendre Glenn Medeiros, je dirais que “c’est un beau roman d’amitié. »

Qu’en est-il de la vivacité des musiques dites actuelles dans le Béarn, et surtout celles que vous défendez spécifiquement ?

Il y a toujours eu une scène très riche à Pau et aux alentours, beaucoup de formations dans des styles très différents. En ce qui concerne les musiques qui nous sont chères, j’ai l’impression que nous sommes un peu au creux de la vague. Je trouve qu’il y a moins de groupes avec une forte identité comme ce fut le cas il y a quinze ou vingt ans… Mais ça va sûrement revenir dans quelques années : il doit bien y avoir des jeunes qui répètent dans leur garage ! De manière générale, le public est plutôt ouvert ici. Les gens qui viennent chez nous savent qu’ils découvriront de bons groupes et viennent parfois sans même connaître la programmation, pour le plaisir de passer une bonne soirée et potentiellement d’avoir de bonnes surprises. C’est un public curieux, attentif et respectueux.

Shooting @ Martin Plage

En tant que programmateur basé à Pau, ressentez-vous des difficultés à attirer tel ou tel artiste, et diriez-vous que vous souffrez de l’attractivité de gros pôles de diffusion voisins, comme Bordeaux ou Toulouse voire Biarritz, dans une moindre mesure ?

Il peut m’arriver parfois d’avoir du mal à booker certains groupes à Pau du fait d’un manque de moyens financiers ou de salle avec une jauge conséquente. Avec l’Atabal de Biarritz, nous échangeons régulièrement sur nos programmations, et il nous arrive même de nous refiler des propositions. Je n’ai pas à me plaindre, dans la mesure où j’arrive très souvent à programmer de belles choses. Nous sommes sur la route des tournées en Espagne et au Portugal, cela nous aide. Par exemple, cette année, nous avons pu avoir Jozef van Wissem, Lightning Bolt, Human Impact, Bambara ; et cet automne nous aurons Unsane, Gâtechien, Jean Jean, Elysian Fields ou Birds in Row…

Quels sont-ils, ces lieux dans lesquels vous programmez ?

La plupart du temps, nous organisons les concerts chez nous, dans notre QG de La Ferronnerie, à Jurançon. C’est un petit club de 120 places, c’est- à-dire plutôt intimiste, avec une chouette proximité pour le public et pour les groupes. Nous proposons aussi des soirées à La Centrifugeuse, une salle située sur le campus universitaire de Pau, avec une jauge de 400 places. Nous sommes également partenaires de Rock This Town, un festival autour des films et de la musique, avec des projections organisées au cinéma Le Méliès.

En ce qui concerne votre festival de ce mois d’octobre, comment avez-vous conçu l’événement et quels points forts pourriez-vous nous conseiller en particulier ?

La dixième édition du festival va se dérouler sur deux premiers soirs à La Ferronnerie, puis un samedi soir final à La Centrifugeuse. Toujours sous le signe de la découverte et des groupes émergents avec une place de choix accordée aux groupes du label comme W!zard, Grauss Boutique, Furie, Dewaere, Astaffort Mods et La Jungle. J’attends impatiemment de découvrir les Anglais de DITZ sur scène, je suis vraiment fan de leur dernier album ! Il y aura aussi quelques surprises et notre ami Cheb Shata’ se chargera d’animer les changements de plateau avec le DJ Prince Pacific. Pas impossible que ça se termine en chenille, cette histoire…

Festival À Tant Rêver Du Roi
Du jeudi 13 au samedi 15 octobre
La Ferronnerie, Jurançon (64), et La Centrifugeuse, Pau (64)

En concert à La Ferronnerie, Jurançon (64) : Unsane + Asbest, samedi 5 novembre
Gâtechien + This Will Destroy Your Ears, samedi 19 novembre Jean Jean + Foncedalle, vendredi 25 novembre