MELANIA AVANZATO – La photographe lyonnaise expose des portraits de skateuses à La Rochelle au Carré Amelot. Propos recueillis par Anna Maisonneuve.

Lors de votre résidence à La Rochelle, en mai dernier, quel travail avez-vous engagé ?

J’ai poursuivi un thème que j’avais entamé à Lyon, celui de la place des femmes dans l’espace public. Le fond de ce travail s’articule autour de plusieurs axes : comment les femmes investissent-elles l’espace public ? Quelles différences y a-t-il avec les hommes ? Quels types de mobilité utilisent-elles ? Ces questions-là, la sociologie y répond très bien avec notamment les travaux de Chris Blache et Pascale Lapalud.

Mais comment le traduire en image ?

C’est en effet plus compliqué. J’ai donc décidé de me pencher sur des lieux qui sont, dans l’imaginaire collectif, hyper-identifiés comme étant des espaces masculins. Il y a les city-stades, les aires de musculation en plein air ou encore les skateparks, auxquels je me suis principalement attachée ici. Ces aménagements publics sont largement squattés par les garçons. Les filles ont bien sûr le droit de les investir, mais, dans la réalité, elles s’en empêchent.

Cette disparité est particulièrement flagrante dans le domaine du sport ?

Oui. Enfant, on a des pratiques mixtes. À l’adolescence, les filles disparaissent de ce type de terrain. Tout devient payant, il y a moins de structures pour les accueillir, moins de gens pour les entraîner, du coup elles font autre chose. Tout ça, ça m’intéressait de le montrer sans être dans une forme de revendication ni de moralisation. Dans l’exposition, il n’y a pas un seul garçon. On peut la voir comme une exposition de portraits. Ce qui me va. On peut aussi se poser la question de ce qui fait étrangeté. S’interroger sur ces disciplines à l’origine mixtes, qui se sont virilisées au fil du temps.

Où avez-vous rencontré ces jeunes femmes ?

Dans deux lieux bien identifiés de La Rochelle : l’esplanade de l’Espace Encan, située dans le centre-ville, et le skatepark de Port-Neuf.

Combien de portraits avez-vous réalisés ?

Dix-sept. J’aurais pu en faire davantage j’imagine, mais les filles ont une pratique qui n’est pas aussi régulière que celle des garçons.

L’année dernière, le skate est devenu une discipline olympique…

Effectivement. Et celle qui a remporté la médaille d’or avait seulement 13 ans. Ce genre d’événement compte. Ça a un impact, ça offre une représentation. C’est ce qui m’intéresse aussi, car si on n’a pas d’image, on ne peut pas se projeter.

Pourquoi le choix du noir et blanc ?

Je travaille beaucoup en noir et blanc, ça m’aide à décaler la réalité, mais là c’était doublement important. J’ai travaillé l’exposition sur des teintes urbaines. Les portraits sont accompagnés de photographies de béton et de trottoirs. Ces images installent un décor comme elles impliquent le corps du visiteur qui est obligé de reculer ou de s’approcher pour avoir différents points de vue. De la même manière, elles renvoient aussi à la carte mentale du skateur qui scrute les revêtements et les éléments urbains en fonction des figures qu’il va pouvoir réaliser.

« Nos corps dans l’espace »Melania Avanzato
Jusqu’au samedi 28 mai, Galerie photographique, Carré Amelot, La Rochelle (17)
www.carre-amelot.net