MUSTAPHA AZEROUAL 
La chapelle des Dames blanches de La Rochelle accueille le plasticien avec ses photogrammes réalisés grâce à l’interaction de la lumière et de la matière photosensible.

Formé en ingénierie mécanique, Mustapha Azeroual est venu à la photographie au gré des rencontres dont celle, déterminante, d’Erik Mengual qui l’initie aux procédés anciens et méconnus. Parmi eux : la gomme bichromatée, une technique d’impression photographique créée dans les années 1850 à partir d’un mélange de gomme arabique, de pigment de couleur et de bichromate de potassium.

« Quand j’ai découvert que, depuis l’invention de la photographie, il y avait une quarantaine de procédés qui avaient été inventés et que la plupart avait disparu, j’ai choisi de construire ma pratique autour du fait que chacune de ces approches racontait quelque chose de différent dans le mode d’apparition de l’image, dans la manière dont elles traduisaient l’expérience sensible de la prise de vue. »
De la gomme bichromatée prisée par le mouvement pictorialiste au cyanotype en passant par le daguerréotype et l’imagerie lenticulaire (qui permet de produire des images donnant une impression de relief), le Franco-Marocain s’empare de ces procédés à la manière d’espaces d’expérimentation propices à nourrir sa réflexion sur la matérialité de la photographie.

Présentés à La Rochelle, les ensembles baptisés « Monade » et « Actin » composent un tournant significatif dans son travail. Résolument abstraites, étrangement évanescentes, ces séries tissent leur origine dans un séjour prolongé au Maroc. « J’étais parti dans l’idée de repenser ma pratique avec ce que je trouverai sur place. Je n’ai absolument rien trouvé à part le soleil qui était présent chaque jour au même endroit avec la même intensité. D’où le désir de produire des œuvres avec seulement de la lumière et des matières photosensibles. »

De retour en France, il met au point un protocole : il applique une émulsion pigmentaire photosensible sur du papier qu’il expose à la lumière violente de flashs de studio. « Par couches successives, je vais fixer ces formes
qui naissent de l’impact répété de la lumière comme des coups de burin. » Sculpter la lumière, rendre palpable et concrète son immatérialité, tel est l’objet de ces expériences optiques et poétiques qui prolongent ici leur aura dans une installation inédite baptisée « Vestige de la lumière ».

Lauréat en juillet 2020 de la commande photographique nationale « Image 3.0 » initiée par le ministère de la Culture et le Centre national des arts plastiques en partenariat avec le Jeu de Paume, Mustapha Azeroual sera présent le 24 octobre pour une rencontre avec le public. Anna Maisonneuve

« Vestige de la lumière »,
jusqu’au dimanche 24 octobre,
chapelle des Dames Blanches, La Rochelle (17). www.larochelle.fr