EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN – Date unique et rochelaise pour l’historique quintet allemand, fort de son très apaisé Alles im Allen. Occasion de vérifier ce qu’il reste des Genialer Dilletanten

Au bout du compte, qu’est-ce qu’un mythe, si ce n’est une pure construction intellectuelle sujet à la révision perpétuelle voire à la destruction ? Il serait insultant de raconter ici l’histoire d’une formation, née d’une utopie anarchiste et libertaire, à la fin des années 1970, à Berlin Ouest, alors laboratoire d’une vieille Europe suffocante sous le plomb de la guerre froide. Plus de quarante ans après, il est loisible d’affirmer qu’Einstürzende Neubauten ne pouvait voir le jour ailleurs que dans cette capitale mutilée, devenue axe majeur des jeux d’espions et de la géopolitique. Pour autant, rien de tout cela ne se serait passé à Paris, Milan ou Londres.

D’assauts soniques à caractère industriel en principes DIY, d’intransigeance punk en réaffirmation d’une langue trop longtemps tue, Blixa Bargeld, N.U. Unruh, Alexander Hacke, F.M. Einheit et Marc Chung marqueront de manière indélébile les oreilles difficiles plus de quinze ans en créant un univers à nul autre pareil ; y compris visuellement avec leur logo toltèque. Du chef-d’œuvre Haus der Lüge aux multiples collaborations émaillant son ascension, le groupe s’inscrira dans une certaine aristocratie de l’intransigeance aux côtés de Suicide, Fœtus ou Swans.

Puis, tout le monde a vieilli, Bargeld est devenu « guitariste » pour Nick Cave, a prêté sa voix de baryton glacial pour The Mummy, le line up a changé, le théâtre les a sollicités, et l’on a gentiment remisé marteaux-piqueurs, perceuses et scies circulaires au placard. Désormais assagi et rentré dans un moule « classique » voire ultra-mélodique, Einstürzende Neubauten n’effraie plus le bourgeois. Bargeld se produit façon diva pieds nus (en hommage à Sandie Shaw ?) et brille aux côtés de Teho Teardo tandis que chaque membre vit sa vie. La voie de la raison ou le crépuscule des dieux ?
Marc A. Bertin

Einstürzende Neubauten, dimanche 9 octobre, 18h
La Sirène, La Rochelle (17). la-sirene.fr