Concerts annulés, spectacles reportés, dates de réouverture des salles repoussées aux calendes grecques… Quelles sont les incidences liées à la crise sanitaire du Covid-19 sur les structures, la production et la création ? Comment envisager la reprise à venir ? Comment les artistes et l’ensemble de la filière culturelle dessinent-ils un (autre) avenir post-pandémique ? 

Sylvie Larroque, directrice du cinéma L’Atalante à Bayonne, s’est pliée au périlleux jeu prospectif.  Propos recueillis par Henry Clemens.

Comment le cinéma L’Atalante a-t-il été impacté par la situation et comment envisagez-vous la reprise le 24 juin ? 

L’Atalante a stoppé son activité à partir du 14 mars. On s’apprêtait à fêter notre première année d’activité dans un nouveau lieu, avec un développement significatif en termes de fréquentation : 122 000 entrées en 2019, de nouveaux publics, et un bistro en plein essor. Nous avons donc été coupés en plein élan. L’équipe a été mise en chômage partiel et sera sur le pont dès le 24 juin. Les deux premières semaines d’ouverture seront essentiellement consacrées à une reprise de notre précédent programme, ce dont nous nous étions engagés auprès des distributeurs. Et avec quelques « nouveautés », comme la sortie de la version restaurée d’Elephant Man par exemple, pour savourer le plaisir de revoir de grands films sur un grand écran. 

Pourra-t-on se servir de cet épisode pandémique pour mieux répondre à quelques questions : environnementales et de solidarité en particulier ?

Il semble difficile de faire comme si de rien n’était après ce moment inédit, et cette réflexion autour du « monde d’après », ou plutôt du monde dans celui où nous sommes entrés de plain-pied, nourrira certainement notre programmation à venir. Nous sommes ainsi en train de réfléchir pour la rentrée à un nouveau cycle pour penser le monde et ce qui nous arrive à partir du cinéma, en invitant des personnalités issues de différents champs : cinéma bien sûr, mais aussi littérature, philosophie, économie… Dans l’idée aussi de redonner à la salle son rôle d’agora et de lieu de débats.

Inauguration de L’Atalante © Mathieu Prat

Peut-on parler d’une période « propice » à la création ou sont-ce juste les élucubrations de penseurs confinés à Saint-Jean-de-Luz ?

Je n’ai pas d’avis tranché là-dessus : pour certains, cette période a occasionné une forme de sidération, tout en impactant fortement l’activité des artistes ou des cinéastes dont les projets ont été mis en suspens ; pour d’autres, ça a pu être une source d’inspiration, mais cette période a surtout mis en lumière la place de la culture dans la vie de chacun et la considération que lui porte le politique dans son rôle de « bien essentiel » (ou pas).

Comment appréhendez-vous, imaginez-vous l’après Covid-19 (en termes de format, de structuration etc..) ?

Il y a bien sûr une période d’adaptation nécessaire au niveau de notre fonctionnement (organisation des séances, accueil du public, application des gestes barrières…). La difficulté étant, pour des lieux comme les nôtres, très actifs en termes d’animation et de soirées, de maintenir ce dynamisme et ce lien avec le public en étant un peu « empêchés » — avec des jauges et des possibilités de rassemblement limitées. Plus généralement, il faut espérer que la situation du cinéma indépendant (en considérant toute la filière, et notamment les distributeurs) n’en ressorte pas encore plus fragilisée qu’avant. 

« On souhaite aussi profiter de la période estivale pour animer la terrasse du bistro dans un esprit un peu “guinguette”, en proposant des apéritifs musicaux et des rendez-vous en écho à la programmation et aux événements en cours, comme le mouvement Black Lives Matter. Car il se passe aussi des choses après la Covid-19… »

Les actions numériques comme La Toile vous ont-elles permis de garder le lien avec le public ?

Oui, c’était très important pour nous de le conserver, que ce soit via les réseaux sociaux, ou des propositions comme la Toile (plate-forme VOD où la salle reste prescriptrice) ou encore la 25e heure, salle de cinéma virtuelle qui proposait des rendez-vous réguliers sous forme de séances-débats avec des réalisateurs. Évidemment, c’était moins un enjeu économique qu’une manière de dire que nous étions là et de tester aussi d’autres formes de faire ou de voir. Le constat étant que rien ne remplacera jamais la salle et le fait de voir des films ensemble !

Y aura-t-il un acte fort de reprise ?

En termes de cinéma, c’est une reprise en douceur, même si se profile de belles sorties cet été (avec une place importante de films d’auteurs et de rééditions). On a pu notamment décaler notre événement Rencontres sur les Docks, prévu début avril, à début septembre, avec l’idée de proposer des avant-premières de films labellisés Cannes par exemple. On souhaite aussi profiter de la période estivale pour animer la terrasse du bistro dans un esprit un peu « guinguette », en proposant des apéritifs musicaux et des rendez-vous en écho à la programmation et aux événements en cours, comme le mouvement Black Lives Matter. Car il se passe aussi des choses après la Covid-19…

http://atalante-cinema.org