JEAN-PAUL THIBEAU Cet artiste ne cesse de multiplier les champs d’investigation et de développer une capacité d’agir sur une qualité d’existence. Il assure jusqu’à l’été l’accompagnement d’une résidence d’artistes initiée par le Fonds Cré’Atlantique.

Propos recueillis par Didier Arnaudet

Qu’est-ce qui vous a conduit à accepter le commissariat de cette résidence du Fonds Cré’Atlantique ?
Bordeaux-Euratlantique et le Groupe Bernard se sont associés pour donner naissance au Fonds Cré’Atlantique qui a pour ambition de soutenir la créativité sur le territoire, de donner au plus grand nombre accès à l’art et de contribuer au développement de modèles économiques pérennes dans les secteurs créatifs. Cette invitation de la part du Fonds Cré’Atlantique d’expérimenter une résidence d’artistes sur trois territoires (Bordeaux Sud, Bègles et Floirac) est venue du fait que j’ai une bonne connaissance du contexte culturel, artistique de Bordeaux et ensuite parce que depuis plusieurs années je vis à distance de Bordeaux tout en y venant régulièrement, quelque part j’étais dans un rapport d’observateur objectif. Donc mes deux interlocutrices, Hélène Salmon et Quitterie de Fommervault, m’ont proposé d’inaugurer en tant qu’artiste-commissaire ce projet de résidence dans le cadre du programme « exploration/expérimentation in situ ». L’approche expérimentale a été déterminante dans ma décision d’accepter.

Quel projet souhaitez-vous développer ?
Nous avons convenu ensemble qu’il s’agissait de mettre en place une résidence temporaire d’expérimentation permettant de ré-explorer les enjeux artistiques dans leur rapport à la vie, à la société, au territoire. Comment un territoire, une géographie, une sociologie, un espace en mutation peuvent créer les conditions favorables à l’expérimentation artistique, révéler de l’insoupçonné et créer du lien, du liant ? Comment ancrer et partager des pratiques vivantes dans un territoire ? Comment également aménager des temps de réflexion avec des associations, des habitants, des étudiants, des enseignants et divers chercheurs ? La méthode que j’ai proposée est d’inviter quatre artistes de générations et de disciplines différentes, qui sont dans des pratiques collaboratives et ont l’habitude de s’immerger avec des publics variés. Nous logeons dans un même endroit où nous partageons une vie commune et où nous pouvons inviter des personnes à l’occasion de repas-rencontres. Nous dialoguons sur la forme de notre résidence et sur ses enjeux. Le Groupe Bernard nous accueille au sein de son entreprise en mettant à notre disposition des espaces de réunion et de travail. Des œuvres vont naître certainement mais elles seront le résultat des différentes investigations. Dès le départ, nous avons en vue la réalisation d’une publication qui sera entre le récit d’expériences et le livre-objet.

Pourquoi ce titre « Chuchotements d’hospitalité » ?
Nous abordons les territoires, les structures, les individus que nous découvrons avec une attitude humble et ouverte. Nous ne débarquons pas en pensant que nous allons trouver des solutions miracles pour créer du lien, déployer de la porosité entre différents quartiers ; toutefois, nous ferons notre possible pour susciter de la collaboration par le bouche-à-oreille, le hasard des rencontres, divers chuchotements… et faire émerger de l’hospitalité réciproque ! Car si nous ressentons bien l’hospitalité des gens qui nous accueillent, il y a aussi une manière d’être accueilli, de répondre à cette hospitalité qui souvent se traduit par le comment nous accueillons par la suite ces personnes au sein de nos recherches et de nos propositions artistiques. C’est à la fois un travail d’immersion, de contacts et d’expérimentations et il faut être lucide sur les enjeux sociaux et politiques auxquels nous sommes confrontés, et nous sommes conscients que c’est une situation propice pour s’interroger sur la fonction d’artiste, sur la manière de faire art dans de tels contextes.

Pouvez-vous présenter les quatre artistes sélectionnés ?
Louise Collet développe un travail motivé par l’observation du réel, et notamment de la relation que l’humain entretient avec son environnement et de son rapport au quotidien. Lila Neutre se situe au carrefour de plusieurs champs disciplinaires : art contemporain, photographie et vidéo, sciences sociales. Elle allie théorie des images, sociologie du corps et du genre, Fashion et Cultural Studies, et ses recherches confrontent des questions classiques en sciences sociales et en photographie, qu’elle aborde avec des instruments et dans des contextes renouvelés. Julia Hanadi Al Abed est adepte de l’écriture acousmatique et s’attache à l’enregistrement de terrain. Là où la voix, le field recording, les corps sonores composent l’essence de ses créations, s’y mêlent les modes de jeux possibles par le biais de technologies lo-fi ou hitech. Sébastien Collet, lui, s’intéresse au volume, à l’édition, au dispositif, à l’installation et à la création artistique et culturelle en lien avec l’action sur le cadre de vie et la médiation urbaine.
chuchotementdhospitalite.tumblr.com
www.bordeaux-euratlantique.fr
www.creatlantique.fr

Sébastien Collet, Louise Collet, Lila Neutre et Julia Hanadi Al Abed