AS COMADRES – Vingt-et-une actrices brésiliennes, sur la scène du TnBA, dans une comédie musicale qui est une ode à la solidarité féminine. Avec Ariane Mnouchkine en directrice artistique. Le Québec, le Brésil et Vincennes réunis dans une même création folle, emmenée par la vénérable Ariane Mnouchkine. As comadres a tout d’un grand rendez-vous de théâtre de fin d’année.

As Comadres ©Coletivo Clap

D’abord parce que faire venir une troupe du Brésil en ces temps de voyages suspendus tient de la gageure (à l’heure où nous écrivons, c’était encore possible !). Le TnBA le sait bien, qui a dû reporter le spectacle, programmé d’abord en juin dernier dans le cadre de Ressources.

Ensuite, parce qu’Ariane Mnouchkine n’avait encore jamais travaillé avec une autre troupe que celle du Théâtre du Soleil, on le rappelle, fondé en 1964 et installé dans la Cartoucherie à Vincennes. Trois actrices brésiliennes cherchaient un spectacle à réaliser dans leur pays en proie aux difficultés économiques, politiques, sociales et culturelles. Touchée par leurs préoccupations, Ariane Mnouchkine leur a proposé Les Belles-Sœurs, pièce de Michel Tremblay, entrée au panthéon des pièces dramatiques québécoises. Écrite en 1965 en joual (parlé populaire québécois), elle s’offre ici en version brésilienne, sans perdre de sa pertinence.

Enfin, parce qu’Ariane Mnouchkine se paie le luxe de ne pas signer la mise en scène, mais simplement de reprendre, telle une copiste, celle de René Richard Cyr, qui, en 2010, avait fait de la pièce de Tremblay une comédie musicale à succès, qui a tourné dans le monde entier. « La mise en scène était parfaite, pourquoi aurait-il fallu la modifier ? », souligne-t-elle, simplement.

Toute l’action se passe dans une cuisine, que la mise en scène de Cyr déploie en deux niveaux, avec un chœur suspendu des deux côtés du plateau de jeu. Lors d’une loterie, Germaine gagne un million de timbres à coller sur un catalogue qui lui permettront de remeubler entièrement sa maison.

Pour accomplir cette tâche absurde et dantesque, elle invite sœurs, belles- sœurs, amies et voisines. De cette incroyable réunion surgira une foule de caractères, de relations, de servitudes et révoltes, et surtout d’élans de solidarité féminine, que le Québec des années 1960 n’appelait pas encore « sororité ».

Les vingt-et-une comédiennes se partagent les quinze rôles féminins – Mnouchkine n’ayant pas réussi à en éliminer lors des auditions – toutes à l’aise dans le registre du jeu ou du chant. Une comédie musicale chorale qui donne littéralement voix aux femmes et fait acte de résistance collective et joyeuse dans le Brésil de Bolsonaro.
Stéphanie Pichon

As comadres, d’après Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay, livret, paroles et mise en scène : René Richard Cyr, supervision artistique de la version brésilienne et direction des actrices : Ariane Mnouchkine,
Du mardi 7 au samedi 11 décembre, 20h30, sauf les 9 et 10/12 à 19h30, et le 11/12 à 15h et 19h30,
TnBA, grande salle Vitez, Bordeaux (33). www.tnba.org