JEAN DIEUZAIDE – À Pau, Le Parvis rend hommage au grand photographe, disparu en 2003, dans un parcours rétrospectif riche de 60 œuvres.

«Je ne prends pas une photographie, c’est elle qui se donne à moi », aimait à répéter Jean Dieuzaide. Figure incontournable de la seconde moitié du xxe siècle, le photographe toulousain, disparu en 2003, est à l’affiche de l’exposition estivale du Parvis. Concoctée par Marc Bélit, avec la complicité de Michel Dieuzaide qui entretient le souvenir du travail paternel, l’accrochage réunit une soixantaine de clichés, lesquels embrassent une carrière qui s’inscrit dans un siècle traversé par l’euphorie et les drames (la Seconde Guerre mondiale, les Trente Glorieuses, la guerre civile espagnole, le franquisme…).

Né en 1921 à Grenade-sur-Garonne, en région toulousaine, Jean Dieuzaide passe son enfance dans le Gers, puis sur la Méditerranée. « Responsable du service photographique des Chantiers de jeunesse, c’est au cours de la Libération de Toulouse qu’il effectue son premier grand reportage. Des négatifs, confisqués et brûlés arbitrairement par de pseudo-résistants dans le climat suspicieux de ces journées, ont subsisté quelques photographies sur les événements de la ville. Mais c’est le portrait du général de Gaulle, en visite à Toulouse à la mi-septembre 1944, qui reste son premier fait d’armes », retrace Michel Dieuzaide.

En suivront d’autres, figurant Pablo Picasso, Jean Cocteau, Jean Giono, Boris Vian comme Salvador Dali, immergé dans l’eau, les moustaches ornées de fleurs, La Petite Fille au lapin ainsi que La Gitane de Sacromonte saisie en train d’allaiter son enfant. Devenues iconiques, ces trois images ont été réalisées de l’autre côté des Pyrénées, lors de reportages en Espagne et au Portugal, avant la Turquie, qui feront l’objet de différents ouvrages dans les années 1950.

Un an avant son ami Robert Doisneau, Jean Dieuzaide obtient le prix Niépce (1955) pour l’ensemble de son œuvre. Cette distinction sera suivie quelques années plus tard par le prix Nadar (1961) qu’il remporte pour l’illustration des deux volumes de Catalogne romane sortis aux éditions du Zodiaque. Durant plus de quarante ans, il sera le seul à établir ce doublet. Reportage, portrait, studio, architecture, photos aériennes ou sous-marines, industrie, natures mortes réalisées au crépuscule de sa vie sans oublier les « centrichimigrammes » : ces images abstraites et uniques obtenues en centrifugeuse et sans appareil photographique… l’œuvre de Jean Dieuzaide célèbre une extraordinaire ampleur couplée à l’audace, la générosité et un regard épris d’émerveillement.

« Être témoin d’un tel instant de bonheur n’est pas à la portée de n’importe qui, écrivait à son sujet Robert Doisneau. Il faut avoir du rayonnement personnel. (…) Mon ami, debout ! Ramasse ton sac et puisque tu as le don, tu dois partir encore pour nous rapporter des occasions de nous réjouir d’être vivants. »
Anna Maisonneuve

« Jean Dieuzaide — 1921-2003 », jusqu’au 24 septembre
Fonds de dotation Le Parvis, Espace Culturel E. Leclerc Tempo, Pau (64)
www.parvisespaceculturel.com