CAPC. Pour son premier projet d’envergure en France, l’artiste britannique Samara Scott investit la nef du musée d’art contemporain de Bordeaux avec son monumental « collage alchimique » baptisé The Doldrums.

The Doldrums. Avec ce titre énigmatique, Samara Scott convoque le lexique maritime. Employé par les navigateurs, le terme se traduit par zone de convergence intertropicale (ZCIT) ou plus familièrement par « Pot au noir ». Emprisonnés dans cette ceinture équatoriale à la météorologie extrêmement variable, les voiliers des temps anciens s’y retrouvaient englués pendant plusieurs heures voire plusieurs semaines au point que l’équipage devait faire face à moult infortunes : propagation des maladies, apparition du scorbut, animaux qui devenaient fous ou mettaient en péril les réserves d’eau douce. Au sens figuré, l’expression s’apparente au marasme, à l’apathie, au découragement et à la sensation de se trouver empêtré dans une situation inextricable.

Initialement programmée en avril et reportée en septembre en raison de la pandémie, la proposition de l’artiste, née en 1985 à Londres, s’imprègne des obstacles contextuels auxquels elle a dû faire face pour mener à bien son intervention bordelaise. Laquelle prolonge ses ramifications dans les eaux troubles d’un monde contemporain immobilisé par ses propres enjeux, d’ordre écologique notamment.

Cet indice se convoque ici à la faveur des matériaux utilisés par Samara Scott : bâches, égouttoir, vaisselle, papier hygiénique, gobelet, seau, grille de fer, plaque de polystyrène, pailles, cigarettes, crèmes, adoucissants, objets en plastique, déchets organiques et chimiques de toutes sortes… Collectés à Bordeaux, ces déchets issus de la grande distribution ont été méticuleusement agencés par cette diplômée du Royal College of Art de Londres suivant leurs couleurs et leurs formes sur une membrane transparente.

Formant une surface de 1 000 m² à hauteur des mezzanines, ce plafond réfléchit sur chacune de ses faces deux univers antagonistes. Vu de l’étage (et donc du dessus), l’austérité morphologique des détritus se démasque, quand, au rez-de-chaussée, les ombres projetées dessinant formes opalescentes, figures oblongues et plasmatiques invitent aux contemplations immersives d’une sorte de grand tableau matiériste et coloré.

Propice à la convivialité, ce ciel irisé s’envisage comme un espace de rencontres dans la nef où se sont succédé différents événements (cours de yoga géant et sieste électronique). Ce mois-ci, le 14 novembre, à partir de 20 heures, se tiendra (si les conditions sanitaires le permettent) un défilé de mode créé par l’artiste Samara Scott qui dévoilera sa collection de vêtements, inspirée de son installation.

Anna Maisonneuve

« Samara Scott : The Doldrums », jusqu’au dimanche 3 janvier, CAPC musée d’art contemporain, Bordeaux (33).
www.capc-bordeaux.fr