ANTOINE GARIEL

Pas enfant du pays mais difficile de ne pas le lier indéfectiblement aux Landes pour la trace que l’heureux directeur du Théâtre de Gascogne et son équipe y laisseront. Un projet singulier porté par un homme de conviction, quelque part entre Jean Vilar et d’Artagnan. Désormais, Mont-de-Marsan est un beau point luminescent sur la carte des villes avec de vrais atouts culturels.

Il est des protagonistes que l’on résumerait presque à leurs actions d’ampleur. Ainsi en va-t- il d’Antoine Gariel. Arrivé de Montaigu, en Vendée, il y a plus de six ans, le jeune directeur se fixe comme premier objectif, prométhéen, d’organiser tous les services culturels de la ville et de l’agglomération. Les trois premières années sont consacrées à restructurer l’action culturelle des deux collectivités. L’idée étant d’en faire quelque chose de cohérent, d’efficace et de lisible. « Dans ce travail de restructuration, pour la partie concernant le spectacle vivant, j’avais décelé un potentiel énorme puisqu’il y avait trois théâtres qui fonctionnaient indépendamment les uns des autres. » Le Pôle (1) dépendait de l’agglomération et les deux autres théâtres (2) de la ville.

Il apparaît très vite qu’avec ces trois théâtres, on multiplierait la diffusion
de spectacles, l’accueil en résidence. Le directeur s’efforce dès lors de penser la politique culturelle du spectacle vivant à l’échelle de ces trois lieux, arguant du fait qu’une fois regroupés, ils pouvaient avoir une plus grande visibilité et une action démultipliée.

Il s’agit véritablement de l’acte fondateur. « En 2016, on a affirmé le nom, l’ambition artistique et culturelle du Théâtre de Gascogne. »
Une seule saison fut déclinée sur trois sites, avec des formes plus diversifiées. Antoine milita pour multiplier les créations, développer les publics. L’homme, affable et fin, organisa son action de manière partenariale, sans se contenter d’établir seul une saison culturelle mais bien de la co-construire en cohérence avec les territoires. Un projet dans lequel la mission d’itinérance tiendrait toute sa place.

Entre 2016 et 2019, l’intrépide conduit deux actions en parallèle, avec la mise en place d’un nouveau statut juridique pour le Théâtre de Gascogne visant à lui donner son autonomie. Il met sur pied un travail partenarial très étroit avec les tutelles et les collectivités partenaires – État, DRAC, Région Nouvelle-Aquitaine, OARA et Département des Landes – pour finaliser et faire labelliser le projet artistique et culturel, écrit et pensé en fonction des besoins de ce territoire singulier. « L’objectif du est apparu dès le départ, nous souhaitions faire reconnaître les actions du Théâtre par l’État et les différents partenaires susceptibles d’y voir une opportunité culturelle pour le territoire. Les financements, tout d’abord pour l’éducation artistique et culturelle, puis pour les co-productions et les projets d’itinérance, sont arrivés très rapidement, car ils ont mesuré
notre capacité à mettre en place des actions. »

Il secoue énergiquement la tête. « La convention n’est en aucun cas une
finalité mais bien une étape. C’est à la fois une reconnaissance du travail accompli et des efforts fournis par les équipes mais, surtout, un encouragement à poursuivre le développement. » Une reconnaissance due, souligne-t-il gourmand, au soutien indéfectible des élus locaux. Il faut dire que le bonhomme a eu l’assentiment des élus de l’ensemble des collectivités, de la ville et de l’agglomération ! Ils ont non seulement cautionné le projet mais l’ont facilité. Il était dit que Mont-de-Marsan allait exister culturellement (3), elle en avait le potentiel.


« La mise en place du statut juridique du Théâtre de Gascogne – on a transféré deux théâtres de la ville dans l’agglomération, puis de l’agglomération dans une nouvelle structure créée pour l’occasion – nécessita que l’ensemble des communes de l’agglomération de Mont-de-Marsan fût d’accord ! » Les dix huit maires en ont à ce point mesuré les
enjeux pour leur territoire que la proposition a été acceptée à l’unanimité. L’intérêt communautaire a prévalu. Le directeur s’émerveille encore de voir qu’un maire d’une petite commune rurale, même éloignée des trois théâtres de Mont-de-Marsan, avait conscience que le Théâtre de Gascogne serait utile à sa commune.
Pour y arriver, les équipes sont allées sur le terrain, au contact des populations, amenant les artistes dans les communes. Selon le
fringuant agitateur, l’argument phare était que les actions culturelles allaient augmenter avec des financements extérieurs auxquels il ne pouvait alors prétendre. Un pari gagnant grâce à l’implication des partenaires. Des moyens permettant aujourd’hui de transcender les limites administratives d’un territoire car, rappelle-t-il, « on ne demande pas à une personne qui rentre dans un théâtre si elle paye ses impôts dans la commune dans laquelle elle va voir le spectacle ». Cette dimension généreuse d’ouverture vers un ensemble de spectateurs le plus large possible est bien l’un des aspects du métier qui lui plaît le plus. « Plus la personne sera éloignée des réalités de la culture, plus il nous faudra la solliciter pour qu’elle trouve sa place au théâtre. » Ici, l’inclusion n’est pas un vain mot.

Il souhaite aujourd’hui pérenniser l’itinérance, proposer d’autres projets comme celui du Petit Théâtre de Pain, qui restera du 9 au 20 mars en Pays grenadois, ou celui du Théâtre du Rivage qui restera quinze jours à Pissos, du 4 au 16 mai. Ces temps longs permettent aux artistes de vivre au plus près des habitants, le cœur même d’une action culturelle en territoire. La suite ? « Je souhaite rester au service des artistes et des publics avec cette volonté de continuer à les faire se rencontrer sur un territoire attachant ! C’est l’âme et la sève de mon travail ! » S’il n’est pas artiste, il mesure sa chance de les côtoyer. Il se dit heureux de rencontres qui marquent profondément que ce soit avec Ariane Mnouchkine, Thomas Visonneau, François Morel, Grégori Baquet, les membres du Petit Théâtre de Pain ou du Soleil et tant d’autres… Malgré quelques moments de fatigue, l’homme reste mû par la possibilité répétée d’un émerveillement comme « lorsqu’il vous arrive ce diptyque de Simon Abkarian et que vous l’invitez chez vous comme un cadeau qu’on rapporte de voyage (4) » ! On croit aisément qu’il y puise sa contagieuse énergie.

Henry Clemens

  1. Le Pôle, 190 avenue Camille-Claudel,
    Saint-Pierre-du-Mont (40) – 05 58 03 72 10
    www.theatredegascogne.fr
  2. Le Molière, place Charles-de-Gaulle,
    Mont-de-Marsan (40) – 05 58 75 30 71
    Le Péglé, rue du Commandant Pardaillan,
    Mont-de-Marsan (40) – 05 58 03 72 10
    www.theatredegascogne.fr
  3. Autres lieux incontournables :
    Musée Despiau-Wlérick (www.montdemarsan.fr)
    Librairie Caractères, (librairiecaracteres.wixsite.com /
    caracteres-librairie)
    Café-Music (lecafemusic.com)
    Centre Raymond Farbos (www.cacraymondfarbos.fr)
  4. Le Jour du jeûne et L’Envol des cigognes.