CAC MEYMAC

Les parenthèses estivales jouent les prolongations en Corrèze avec une exposition collective concoctée sous le signe de la légèreté, de l’insouciance et de ses plaisirs parfois gâtés par quelques désappointements.

« Lumière profuse ; splendeur. L’été s’impose et contraint toute âme au bonheur », écrivait André Gide. À Meymac, les injonctions saisonnières se déploient dans un chapelet d’oeuvres réunies par Jean-Paul Blanchet sous le titre générique « Un goût de vacances, des saveurs d’été ».
Sans surprise, les atmosphères se conjuguent sur le mode des félicités providentielles. Les panoramas séduisants concurrencent les archétypes de l’enchantement à recours de paysages paradisiaques, d’escapades homériques et de saynètes nourries de contentement. Çà et là, s’invitent parfois les indices d’une déconvenue. Née de la profusion, des intempéries furtives, des distanciations cocasses comme des glissements dystopiques, le mur de la réalité n’est jamais loin.
Dans sa vidéo intitulée « Vous avez juste pas pu profiter de l’été quoi », Julie C. Fortier nous convie à un road-movie en compagnie d’un rocher arrimé au toit d’une Citroën AX Air France Madame. Dans une veine tout aussi épique, Daniel Beerstecher s’est mis en tête de construire un voilier équipé de roues pour rejoindre Buenos Aires depuis la Patagonie. L’artiste allemand, né en 1979, matérialise cet horizon obsessionnel dans « The Conquest of the Useless », soit la conquête de l’inutile. Reprenant à son compte le titre du journal de bord de Werner Herzog, dans lequel le réalisateur excentrique revient sur l’expérience particulièrement catastrophique que fut le tournage de Fitzcarraldo(1), Beerstecher choisit pour sa part de passer sous silence les obstacles et les désastres qui ont émaillé son sacerdoce… « Au lieu de montrer l’intégralité du matériel filmé qui s’étend en réalité sur un mois de voyage, la vidéo s’attache à une seule séquence. Cette dernière correspond à l’image exacte que j’avais en tête depuis deux ans : celle d’un voilier sur roues, porté simplement par le vent, qui s’approche lentement du spectateur dans le vaste paysage de la Patagonie. »
Cette apparition époustouflante, aux allures de Fata Morgana, trouve des prolongements dans d’autres oeuvres. Elle se pâme d’une plénitude évanescente et contemplative dans les photographies de Thibaut Cuisset comme dans les peintures hyper-réalistes d’Adrien Belgrand. Elle se nimbe de couleurs acidulées dans les compositions picturales de Marion Charlet. Devient invasive, explosive, élégiaque chez la Californienne Rosson Crow. Croise le kitsch avec Laurent Perbos et ses sculptures colorées, concoctées à partir de reliques du tourisme estival (bouées et ballons de plage de toutes sortes).
Pour le reste, rendez-vous au Centre d’art contemporain de Meymac en compagnie de Pierre Ardouvin, Nina Childress, Gregory Crewdson, Ann Veronica Janssens, Olivier Masmonteil, Marc Desgrandchamps et bien d’autres.

Anna Maisonneuve

  1. Fitzcarraldo, film de Werner Herzog, sorti en 1982, interprété par Klaus Kinski et Claudia Cardinale.

« Un goût de vacances, des saveurs d’été »,
jusqu’au dimanche 17 octobre,
abbaye Saint-André – Centre d’art contemporain, Meymac (19).
www.cacmeymac.com