CENTRE D’ART CONTEMPORAIN DU DOMAINE LESCOMBES

À Eysines, le commissaire d’exposition Pierre Brana célèbre les artistes bordelais du siècle dernier dans une exposition collective qui réunit 19 d’entre eux.

Bordeaux, « la plus vaniteuse, la plus routinière, la plus récalcitrante ville de France ». Ce jugement catégorique du peintre André Lhote, à propos de sa ville natale, réclame quelques nuances, comme l’annonce l’historienne Françoise Taliano-Des Garets dans Les sociétés de peinture à Bordeaux.

Armande Marty – buste de raymon guérin

À ce titre, dans les années 1930, les Artistes Indépendants Bordelais initièrent un renouveau artistique dont l’impact fut bien réel. Le 20 octobre 1928, le premier Salon de cette société ouvrait ses portes dans l’Orangerie du Jardin public. Dans la « Parade » qui sert de préambule au catalogue, on peut lire : « Les Indépendants Bordelais, ici présents, ne sont pas de ces hurluberlus vaniteux qui se dressent sur un tréteau pour exhiber une marchandise défraîchie, et, après l’avoir vantée à grand renfort de métaphores démagogiques, la plient dans un tout petit morceau de papier de soie, empochent de l’argent, et décampent sous les huées exaspérées d’une foule déçue. Ils pensent qu’ils ont beaucoup mieux à faire, et laissent volontiers à Messieurs les Artistes des Salons officiels ces simagrées et autres balivernes. »

Gaston Marty paysage

Né en réaction contre l’académisme et en réponse aux figures officielles et bien établies comme Jean Dupas, François Roganeau, Jean Despujols ou entre autres Marius de Buzon, les Indépendants Bordelais comptent parmi les membres de la première heure : Georges de Sonneville et Pierre Molinier, Jac Belaubre, Mildred Bendall, Charles Cante, André Derain et Jean-Maurice Gay.

On retrouve certains de ces artistes à Eysines, dans le second volet collectif du cycle dédié aux peintres bordelais du siècle dernier. Aux bouquets de Mildred Bendall, aux paysages et aux natures mortes travaillés le plus souvent au couteau de Charles Cante, s’associent les œuvres d’une pléiade de créateurs. Mis à part quelques exceptions (à l’instar de Jean-Gérard Carrère), tous ont participé à l’aventure des Indépendants Bordelais jusqu’à son éclatement en 1955, consécutif à d’irréconciliables désaccords entre abstraction et figuration.

Jean Soulan – nature morte à la bouteille

Dans les espaces du château Lescombes, on croise ainsi Robert Charazac, connu pour ses dessins, Gaston Marty, Armande Marty et son buste à l’effigie de l’écrivain Raymond Guérin, Simone Colombier, Michel Desportes et ses gravures où fourmillent mille détails. Aussi, Pierre Théron auteur de la fresque murale en mosaïque de la Maison du Paysan (au 13, rue Ferrère à Bordeaux), Éliane Beaupuy-Manciet, la lauréate du prestigieux prix de Rome en peinture de 1947 qui fonda l’école des beaux-arts de Sète où elle enseigna à Robert Combas et Hervé Di Rosa, les futurs artisans de la figuration libre.

Parmi les curiosités : une scène d’intérieur de Jean Vauthier, avant que le dramaturge ne devienne l’auteur du célèbre Capitaine Bada ou encore une abstraction d’Henriette Bounin, l’incontournable galeriste qui dirigea la galerie du Fleuve, cours du Chapeau-Rouge.

Anna Maisonneuve

« Artistes bordelais du siècle dernier », jusqu’au dimanche 8 mars, Centre d’art contemporain château Lescombes, Eysines (33).

www.eysines-culture.fr