L’ASTRADA – Ouverte en 2011, en marge du festival Jazz In Marciac, la salle aborde sa 11e saison avec un mélange théâtre-cirque-musiques typique d’une scène conventionnée. Mais avec ce petit supplément d’âme lié au fait de défendre un panel de propositions, dans une zone reculée du Gers, là où sans elle il n’y aurait pas forcément grand-chose.

Faire exister une salle conventionnée de 500 places dans une commune de 1 200 habitants, seulement desservie par deux routes départementales, un pari impossible ? Normalement, oui. Or, c’est à Marciac que ça se passe, et, que depuis 1978 on a l’habitude d’y relever chaque année un autre pari impossible : faire exister l’un des principaux festivals de jazz européens (un de ceux que le music business américain identifie, quoi) à plus d’une heure de route du premier aéroport.

Ainsi, après Jazz In Marciac, il y a eu L’Astrada (« la destinée » en occitan), un équipement tout neuf créé en 2011. D’abord pour accueillir la programmation hivernale du festival (4-5 concerts par saison), puis pour une programmation pluridisciplinaire. En accédant à un conventionnement en 2015, et, en 2017, au statut d’EPCC soit un « établissement public de coopération culturelle » contribuant à « la réalisation de la politique culturelle nationale ».

Sans surprise, la saison 22-23 propose le cocktail que l’on voit un peu partout : cirque, théâtre, musiques du monde, jazz, danse ; « même si c’est moins évident de faire venir les gens à des spectacles de danse sur un territoire où il n’y en a jamais eu beaucoup », reconnaît la directrice, Fanny Pagès. Côté circassien, un partenariat avec le festival Circa, à Auch, permet notamment de faire venir Le Chant du vertige, adaptation du roman Le Grand Vertige de Pierre Ducrozet par la compagnie Lapsus, les 23 et 24 octobre. En théâtre, notons la venue de Jacques Weber dans Ranger, un seul en scène écrit et mis en scène par Pascal Rambert (18 mars). Même si Fanny Pagès préfère citer Misericordia d’Emma Dante : « l’histoire de prostituées italiennes qui élèvent seules un enfant handicapé. C’est un spectacle très physique, avec la présence d’un danseur, qui a fait parler de lui à Avignon en 2021 » (11 décembre).

Pour ce qui est de la musique, 50 % de la programmation quand même, l’éventail est large. Renaud Garcia-Fons, l’un de ces contrebassistes qui se placent en position de soliste, viendra le 28 janvier à la tête d’un octuor de cordes mêlant instruments classiques, flamencos et turcs. En duo avec Wilhem Latchoumia, la pianiste Vanessa Wagner poursuivra son exploration du répertoire du xxe siècle (Leonard Bernstein, Philip Glass, Meredith Monk…) le 14 janvier. Et, bien sûr, le jazz garde une place majeure avec les venues d’Archie Shepp (3 décembre), Jaimie Branch (13 mai), ou même du saxophoniste Benjamin Dousteyssier, issu de la classe jazz du collège local, au sein de la compagnie Roland Furieux, pour l’adaptation du roman Les Furtifs dans un spectacle de théâtre musical
(29 octobre).

Tout ça pour quel public ? « Les gens peuvent faire une demi-heure, voire une heure de voiture pour venir voir un spectacle, assure Fanny Pagès. Ils viennent majoritairement du Gers, mais aussi des Landes, de Toulouse ou de Bordeaux. Certains prennent une chambre d’hôtes et en profitent pour passer le week-end au vert. »

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